La Ferme de l’autruche drômoise cherche des repreneurs
Marie-Christine et Pascal Grussenmeyer ont créé la Ferme de l’autruche drômoise en 2010 à Livron-sur-Drôme. Proches de la retraite, ils souhaitent transmettre leur exploitation.
Ils sont moins de quarante en France à pratiquer ce type d’élevage. Installés depuis 2010 à Livron-sur-Drôme, Marie-Christine et Pascal Grussenmeyer ont fait le pari osé de créer une ferme dédiée à l’élevage d’autruches. Après quinze années d’activité, les éleveurs souhaitent passer le flambeau. Depuis quatre ans, leur ferme fait partie des annonces recensées sur le Répertoire départ installation. « Nous avons anticipé car nous proposions la vente de l’outil complet avec une formation de trois ans afin que les repreneurs bénéficient du certificat de capacité, explique le couple. Aujourd’hui, nous voyons que ça ne bouge pas. En 2027, nous entamerons la phase de démantèlement si nous ne trouvons personne ». Le couple propose la vente de son matériel et du fonds agricole pour 350 000 €.
Le projet de transmission
Marie-Christine et Pascal Grussenmeyer ont d’abord proposé la vente de l’ensemble de l’outil de production : maison, parc, équipements et gîtes. Le tout avec une formation de trois ans sur la ferme. Un coût total estimé à 900 000 €. Finalement, après quatre années de recherches de repreneurs, ils ont décidé de ne vendre que le fonds agricole pour 350 000 €. Pour réduire les coûts, ils mettraient en location la salle d’incubation et la nurserie d’une superficie de 80 m² ainsi que des hangars de stockage et le terrain d’un hectare pour les gîtes. Ils envisagent à présent une formation de 6 à 18 mois avant 2027. Si les éleveurs ne proposent plus leur maison à la vente, un terrain de cinq hectares peut être vendu pour construire une habitation.
Le nécessaire pour s’installer
Les autruches étant considérées comme une espèce exotique protégée, il est nécessaire de cumuler trois années de stage en élevage d’autruches et d’obtenir un certificat de capacité délivré par le ministère de l’Environnement. Toutefois, si le futur installé dispose d’un diplôme agricole, la durée de stage descend à 18 mois et à 6 mois s’il a un diplôme vétérinaire. Pour assurer la transformation, les éleveurs conseillent de se former auprès de professionnels. « C’est bien de connaître la transformation pour savoir de quoi on parle, estiment Marie-Christine et Pascal Grussenmeyer. Toutefois, si on compare le temps de travail et le coût, autant le déléguer. La fabrication se déroule toutes les trois semaines et nécessite une journée complète ». L’autruche se dote d’une griffe aiguisée d’une longueur de cinq centimètres et n’a pas de prédateurs. L’animal peut atteindre les 70 km/h et réaliser des enjambées de six mètres. « C’est un animal très territorial. Lorsque je rentre dans l’enclos, j’ai de grosses montées d’adrénaline. Le jour où on n’en a plus, il faut arrêter car il faut toujours rester prudent. C’est un animal sauvage et dangereux », prévient Pascal Grussenmeyer, qui a déjà été blessé par ses bêtes.
Parmi les difficultés évoquées par les éleveurs, le risque aviaire prend de plus en plus de place. « Nous avons dû prouver que nous respections un cahier des charges pour avoir un agrément multi-espèces plumes et poils. Nous avons tout mis en place pour limiter le risque sanitaire, précisent les éleveurs. Nous sommes dans un couloir migratoire. Les migrateurs arrivent de plus en plus tôt, de mars à octobre. Nous avons la même biosécurité que le canard mais nous sommes classés "autre" dans le code de l’activité principale exercée. Nous ne pouvons donc pas obtenir d’aides techniques ou financières pour protéger notre élevage. Nous avons dû demander des dérogations pour nous équiper de filets. Les grands migrateurs, nous faisons en sorte qu’ils ne viennent pas. Les mangeoires et les abreuvoirs sont à l’intérieur et les arbres autour de la rivière rendent l’accès difficile aux oiseaux », déclare le couple. Autre difficulté : le prêt bancaire. « Avant, les banques regardaient les bilans. Mais, depuis trois années que nous avons mis la ferme en vente, les banques se montrent réticentes au projet. Nous avons six candidats qui ont abandonné en raison de cette difficulté », déplorent-ils.
Un élevage atypique
Amateurs de virées en camping-car, Marie-Christine et Pascal Grussenmeyer vivaient en Alsace lorsqu’il ont découvert l’élevage d’autruches. Lors d’un séjour en Haute-Savoie, ils ont fait une escale dans une ferme spécialisée. « Nous avons été subjugués par la beauté de ces animaux ainsi que par les produits atypiques et peu connus issus de l’élevage. Nous nous sommes tout de suite dit que si nous devions changer de vie, nous deviendrons éleveurs d’autruches », se rappelle le couple. Proches des 40 ans, ils ont quitté leur emploi en comptabilité et en industrie chimique pour se lancer dans cette nouvelle aventure et « redonner du sens » à leur vie. La Drôme a tapé dans l’oeil des Alsaciens pour son climat et la présence d’un abattoir qui répondait à leurs attentes. Un projet d’installation rendu possible avec « un grain de folie et une étincelle ». À ce jour, la Ferme de l’autruche drômoise voit naître plus de 150 autruches par an grâce à ces 18 reproducteurs. Chaque année, les éleveurs font abattre 100 à 120 animaux âgés de 12 à 14 mois et près de 70 sont vendus à d’autres éleveurs. Ils ont fait le choix de croiser les souches cou noir et cou bleu pour optimiser le rapport poids/fécondité.
La viande d’autruches et les produits dérivés
Les animaux sont élevés sur sept hectares équipés de bâtiments de type tunnels de 14 à 60 m² et son nourris avec de la luzerne déshydratée produite localement. Marie-Christine et Pascal Grussenmeyer passent par l’abattoir de Die, agréé pour abattre les autruches, et la transformation de la viande se déroule dans un laboratoire à Chalancon. Ils produisent notamment rôtis, pavés, steaks, viande à fondue, ragoût, vendus sous vide, et des terrines, saucissons et saucisses. Auparavant, ils assuraient eux-mêmes la transformation dans un atelier à Vaunaveys-la-Rochette mais ils ont décidé de « lever le pied ». À Die, deux tâcherons ont été formés afin de pouvoir abattre les autruches. Le couple vend aussi ses œufs mais sur liste d’attente en raison de la forte demande. Les éleveurs ont trouvé preneur pour vendre les plumes de leurs animaux dans le secteur de l’événementiel pour des costumes ou l’industrie automobile pour lustrer des voitures de luxe. En complément de revenus, Marie-Christine et Pascal Grussenmeyer transforment une petite quantité de kiwis (0,5 hectare) pour en faire du jus. La vente de leurs productions se déroule au sein de leur boutique à la ferme ou en ligne, dans les magasins d’autres producteurs ainsi que sur les marchés, les foires et les salons.
L’accueil à la ferme
En parallèle de l’élevage, les éleveurs proposent l’accueil de camping-cars et la location de deux roulottes d’une capacité de quatre personnes chacune. « Les gens connaissent peu les autruches. C’est intéressant, sauvage et paisible. Les animaux ne font pas de bruits, il n’y a pas d’odeurs et pas de mouches. Nous sommes localisés sur la route en direction de l’Espagne donc les gens s’arrêtent souvent pour couper leur trajet. Nous avons aussi pas mal de cyclistes. La plupart d’entre eux découvrent la viande d’autruches et ils reviennent se fournir ici ou passent des commandes », rapportent le couple. L’accueil se déroule à l’année mais est limité à une nuit pour les camping-cars.