Les Cuma, des « outils précieux pour s’installer »
Le lycée du Valentin à Bourg-lès-Valence a accueilli l’opération « Avenir en Cuma » organisée par la fédération régionale d’Auvergne-Rhône-Alpes jeudi 20 novembre. Cet événement a pour vocation de « donner le goût du collectif aux futurs actifs agricoles ».
Après le Cantal et le Rhône ces dernières semaines, les établissements drômois* ont participé à leur tour à cette journée proposée par la Fédération régionale des coopératives d'utilisation du matériel agricole (FR Cuma). « Chaque année, nous tournons dans les départements. C’est la seconde édition de cette journée ciblée sur les nouveaux installés, a expliqué Ségolène Houdus, chargée de mission à la FR Cuma. L’idée clé, c’est de donner envie aux jeunes de rejoindre des collectifs, qu’ils ne se retrouvent pas seuls quand ils s’installent et doivent développer leur activité. »
Lever les freins
Le matin, près de 130 étudiants participants à l’événement ont été invités à former des groupes composés d’élèves de différents établissements. Ensemble, ils formaient des Cuva. Le « v » désignait ici le mot « van ». En groupe, ils devaient s’accorder sur l’achat d’un véhicule qu’ils partageraient. « Il y a souvent la crainte de rejoindre des collectifs, la peur d’avoir du matériel en mauvais état, de ne pas réussir à s’organiser ou encore d’avoir une mauvaise entente, énumère Ségolène Houdus. Nous leur apportons les outils du réseau pour lever ces freins. Par exemple, nous avons des applications pour réserver le matériel ou faciliter le fonctionnement du collectif. » Pour mener à bien cette journée, la FR Cuma a pu compter sur l’investissement de son réseau. Le matin, Jean-Henri Brunel, vice-président à la caisse régional du Crédit agricole a rappelé le rôle des établissements banquiers dans l’acquisition de matériels et a fait savoir aux étudiants que « les dossiers sont généralement plus solides lorsqu’ils sont financés en Cuma car plus sécurisants pour les banques ».

Les groupes étaient animés par un salarié et un agriculteur cumiste. Venus de Drôme, d’Isère ou même de la Loire, une quinzaine d’exploitants agricoles étaient mobilisés pour l’opération. « L’année dernière, on était montés en Loire pour animer, cette année c’est eux qui sont venus nous épauler, a raconté Pierre-Henri Defrance, viticulteur-arboriculteur à Châteauneuf-sur-Isère. Dans la Drôme, de par la diversité de nos productions et nos spécialisations, nous avons des Cuma, parfois plus petites que dans d’autres départements et nous en sommes fiers… Mais on pourrait en avoir encore plus ou regrouper plus de monde. Être présent ici, ça permet de dire aux jeunes que ces outils sont précieux pour s’installer. Ce sont des leviers faciles à déployer dans un monde agricole aux exigences de plus en plus techniques et financièrement difficile. » Ce dernier rappelle ce proverbe cher à sa cave coopérative, Clairmont, basée à Beaumont-Monteux : « Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».
De futurs cumistes ?
L’après-midi, les étudiants étaient invités à parler de leur projet professionnel et à évaluer leur intérêt à rejoindre une Cuma. Les intervenants ont rappelé aux jeunes que ces structures pouvaient aussi investir dans d’autres types d’aménagements, comme des séchoirs à foin. « Gardez votre argent pour vos bêtes plutôt que de tout passer dans le matériel. N’investissez pas toute votre DJA dans de la ferraille », a conseillé un agriculteur aux jeunes. Pas mal d’entre eux ont émis des réticences à rejoindre une Cuma sous prétexte qu’ils auront souvent besoin du matériel ou qu’il sera spécialisé. « Je vais d’abord me diriger vers le métier d’expert-comptable pour avoir une sécurité puis je m’installerai en bovin sur l’exploitation familiale. La Cuma pourrait m’intéresser pour du matériel occasionnel qui coûte très cher quand on l’achète seul », a témoigné Jade Jacob, en BTS au lycée de La Côte-Saint-André. Cassie, à la MFR d’Anneyron, envisage de devenir salariée dans une entreprise maraîchère mais pas forcément d’adhérer à une Cuma car « le matériel est très utilisé dans notre activité ».
De quoi faire réagir Lilian Moulin, secrétaire général de la de la fédération des Cuma de la Drôme et président de la Cuma du Côteau depuis près de vingt ans.
Pierre-Henri Defrance, viticulteur arboriculteur à Châteauneuf-sur-Isère, fait partie de la quinzaine d’agriculteurs a avoir animé cette journée. ©ME-AD26
« Aujourd’hui, vu le contexte et le matériel pointu et cher, il y a des Cuma spécialisées qui se créent. Par exemple, à Loriol, il y a une Cuma maraîchère. C’est une question d’organisation de chantiers pour ne pas tous faire la même chose en même temps. » Discours similaire pour Lucas, de la MFR d'Anneyron, qui projette lui aussi de se lancer en maraîchage. Les intervenants l’ont prévenu : « Pour se payer un robot, il faut cultiver sur des tonnes d’hectares. Je te conseille de trouver une exploitation à proximité d’une Cuma qui serait intéressée pour investir dans ce type de matériel ». Lilian Moulin a souligné qu’il ne fallait pas avoir honte des petites Cuma, qu’elles avaient le mérite d’exister. Enfin, plusieurs intervenants ont répété aux étudiants que « certaines Cuma sont sur plusieurs domaines d’activités. Ne pas hésiter à s’en rapprocher pour faire connaître ses besoins en matériels ».
* lycée et CFPPA du Valentin, MFR Anneyron, Terre d’Horizon, MFR Divajeu, lycée La Côte-Saint-André, lycée Val de Drôme.
Des projets pour promouvoir les collectifs
Les visages de Drômois accompagnés de citations inspirantes sont exposés au lycée du Valentin.
Les étudiants en BTSA agronomie et productions végétales du lycée du Valentin se sont intéressés aux collectifs agricoles (associations, Cuma, coopératives, Gaec) pour créer des contenus et mettre en avant ces acteurs. Ainsi, lors de la journée « Avenir Cuma », des visages de Drômois bien connus du monde agricole ornaient les murs de l’établissement. Ce projet rejoint « Co-Agil », une autre démarche initiée par les FR Cuma Aura et Grand-Est qui « veut porter la réflexion sur l’évolution du rapport au travail chez les jeunes et sur la transition numérique, le renouvellement des générations, un défi majeur pour les groupes d’agriculteurs ». Retrouvez un podcast réalisé par les élèves de La Côte-Saint-André ou le livre photo des élèves du Valentin sur le site coagil.fr.