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Xavier Thévenard signe son grand retour par les sommets jurassiens

PORTRAIT / Après plusieurs années freinées par la maladie de Lyme, l’ultra-traileur jurassien Xavier Thévenard a retrouvé le goût des défis hors normes. En mars dernier, il a parcouru 220 kilomètres en 24 heures de ski de fond et cumulé 13 200 mètres de dénivelé positif dans les Monts Jura. Une performance à la fois sportive et personnelle pour l’un des plus grands visages du trail français.

Par L.R.
Xavier Thévenard signe son grand retour par les sommets jurassiens
© Ben Becker
Avec 220 kilomètres parcourus et 13 200 mètres de dénivelé positif en 24 heures dans les Monts Jura, Xavier Thévenard a relevé un défi à la hauteur de sa réputation, quelques années après avoir été éloigné du haut niveau par la maladie de Lyme.

Cette course, Xavier Thévenard l’attendait depuis longtemps. Non pas pour sa renommée, mais pour renouer avec ses capacités physiques et retrouver ses sensations d’athlète. Les 16 et 17 mars derniers, après plusieurs années de lutte contre la maladie de Lyme, le célèbre ultra-traileur a relevé un défi à la hauteur de sa réputation : 220 kilomètres parcourus et 13 200 mètres de dénivelé positif avalés en seulement 24 heures de ski de fond. Soit l’équivalent de l’ascension cumulée de l’Everest et du Mont-Blanc en une seule journée et sans interruption. L’exploit a été réalisé dans les Monts Jura, entre le village de Mijoux, dans l’Ain, à 1 000 mètres d’altitude, et le sommet du col de la Faucille, à 1 550 mètres. Pendant vingt-quatre heures, le Jurassien a enchaîné les montées et les descentes sur une piste fermée spécialement pour l’occasion.

Tester son organisme

Ce défi, Xavier Thévenard, désormais installé à Bellecombe, dans le Jura, le préparait depuis plusieurs années. « J’ai arrêté mon traitement contre la maladie de Lyme en décembre 2025. À partir de ce moment-là, je me suis entraîné tous les matins, de 6 heures à 8 h 30, avant d’assurer les cours à l’école de ski où je suis moniteur. Associer le ski de fond et le dénivelé positif, c’était une bonne manière de tester mon organisme et de voir comment il réagissait », explique-t-il. En 2020, alors triple vainqueur de l’ultra-trail du Mont-Blanc (UTMB), des analyses révèlent qu’il a contracté la maladie de Lyme après une morsure de tique infectée par la bactérie Borrelia. Fatigue écrasante, asthme à l’effort, tachycardie, bradycardie et troubles neurologiques bouleversent alors son quotidien et l’éloignent brutalement du très haut niveau. « Je ne pouvais même plus courir vingt minutes », confie-t-il. Après un premier suivi médical en France, Xavier Thévenard se tourne vers un médecin allemand. « En France, les formes chroniques de la maladie de Lyme sont peu reconnues », regrette-t-il. Pendant près de trois ans, il suit différents protocoles mêlant antibiotiques et supplémentation. « Je me rendais en Allemagne tous les deux mois pour adapter le traitement. La bactérie Borrelia est particulièrement complexe à traiter lorsqu’elle s’installe durablement dans l’organisme. » Durant cette période, le sportif met entre parenthèses les compétitions et les longues sorties en montagne. Il continue néanmoins à enseigner le ski de fond. « Cela me demandait moins d’efforts physiques. Je marchais beaucoup aussi. Cette activité m’a permis de trouver une certaine homéostasie, un équilibre cellulaire. »

Engagement environnemental

Impossible pour Xavier Thévenard de dissocier cette maladie des bouleversements environnementaux qu’il observe dans le massif jurassien. « Quand j’étais enfant, je pouvais me rouler dans l’herbe sans jamais me faire mordre par une tique. Aujourd’hui, au printemps, il ne se passe quasiment pas une journée sans que j’en retrouve une sur moi. » Le traileur alerte également sur les bons réflexes à adopter : « Il faut toujours avoir une pince à tiques avec soi et éviter absolument l’alcool ou l’éther pour tenter de les endormir et les retirer. Cela peut favoriser la régurgitation des bactéries. » Très engagé sur les questions environnementales, Xavier Thévenard porte aussi un regard critique sur l’évolution du trail mondial et de l’UTMB. « Voir une course organisée au cœur d’un massif profondément touché par la fonte des glaciers s’associer à un constructeur automobile lié aux énergies fossiles, cela interroge forcément », estime-t-il. Il pointe également l’internationalisation accélérée du circuit durant ces dernières années, avec des épreuves organisées aux quatre coins du monde. « À l’origine, l’idée était plutôt intéressante : proposer des ultras dans différents pays afin de limiter les déplacements. Mais finalement, ces courses sont devenues des étapes de qualification pour Chamonix, ce qui a encouragé les voyages en avion. Si j’avais eu conscience de tout cela plus tôt, je ne serais peut-être pas allé à l’étranger de la même manière. » La forme olympienne retrouvée, Xavier Thévenard prépare désormais son retour sur l’ultra-trail. Fin juin, il prendra le départ des 90 km du marathon du Mont-Blanc, à Chamonix. Une course dont les bénéfices des inscriptions reviennent aux clubs sportifs locaux. Une manière, pour le Jurassien, de retrouver la compétition sans renoncer aux valeurs qu’il défend : celles d’une montagne vécue et partagée avant d’être consommée.

L.R.

L’Ain et le Jura comme terrains d’apprentissage

BIO / Entre ski de fond, biathlon et grands espaces jurassiens, Xavier Thévenard a construit très tôt un rapport intime à l’effort et à la montagne. Bien avant l’essor du trail, les sentiers du plateau de Retord ont façonné celui qui deviendra l’une des figures françaises de l’ultra-endurance.

À 38 ans, Xavier Thévenard n’imagine pas quitter les paysages du Jura. Né à Nantua en 1988, il grandit sur le plateau de Retord, dans l’Ain, au cœur des reliefs du massif jurassien. Ses parents y tiennent une auberge aux Plans-d'Hotonnes. Dans ce haut lieu des sports nordiques et de plein air, Xavier Thévenard se forge très tôt un rapport intime à la montagne. Son père, moniteur de ski, lui transmet naturellement la passion du ski de fond. L’hiver, le jeune Xavier enchaîne les entraînements de ski nordique et de biathlon ; l’été, il sillonne les sentiers du massif en courant. « À l’époque, on n’appelait pas encore ça le trail », sourit-il. En 2010, à seulement 22 ans, il se révèle lors de la « Transju’Trail », sur un parcours de 72 kilomètres organisé dans le Jura. Le début d’une ascension fulgurante, menée parallèlement à son métier de moniteur de ski l’hiver et d’organisateur de trails l’été et qui le conduira à écrire une page unique de l’histoire du trail : être le seul coureur à avoir remporté l’ensemble des courses individuelles de l’UTMB.