Spirale de Lux va passer de l’eau à la terre
Après la reprise d’une exploitation spécialisée dans la production de spiruline en 2022 à Condillac, Julien Tamigneaux s’ouvre à de nouveaux horizons. Il envisage de se diversifier avec une nouvelle production agricole.
Depuis 2012, un champs de lavande a laissé place à une serre aquacole à Condillac. Olivier et Nicole Charmont ont créé une ferme spécialisée dans la production de spiruline, un aliment à base de bactéries photosynthétiques microscopiques bleues, souvent séchées et broyées. Le couple a transmis son exploitation à Julien Tamigneaux en 2022. Après quatre années de production, l’aquaculteur souhaite se lancer un nouveau défi. « J’envisage une nouvelle activité complémentaire. Il y a la spiruline et il y a une prairie adjacente que j’aimerais mettre en production. Alors moi, je suis aquaculteur mais je ne suis pas agriculteur. Je n’y connais rien du tout. La bonne nouvelle, c’est qu’ici dans la Drôme on est dans un département très agricole, il y a beaucoup d’acteurs qui sont prêts à aider », explique-t-il.
Afin de l’aiguiller dans ses choix, la Chambre d’agriculture de la Drôme et le Civam sont intervenus sur sa ferme, mercredi 10 décembre. Pour l’occasion, quelques agriculteurs de Condillac et de Saulce-sur-Rhône avaient fait le déplacement pour assister à cette présentation. Un temps collectif financé par l’Agglomération de Montélimar dans le cadre de son projet alimentaire territorial.
Une production stabilisée et certifiée
Après des études en aquaculture, Julien Tamigneaux s’est installé sur cette ferme à Condillac pour produire de la spiruline, une production à la fois « nutritive et écologique » selon lui. « Écologique car c’est une cyanobactérie, une algue qui pousse dans l’eau. Donc, on maîtrise l’élément de l’eau, on peut le revaloriser et donc en consommer très peu. C’est aussi une algue qui consomme du CO2. On produit quelque chose de nutritif et de sain. C’est un aliment santé, avec plus de soixante pourcents de protéines, c’est une bonne source de fer, ce sont des oligoéléments et des anti-oxydants donc on est à la fois sur un aliment riche et écologique », détaille l’aquaculteur. La saison de production démarre en avril et finit en octobre. « Nous avons besoin de chaleur pour cultiver la spiruline, met en avant Julien Tamigneaux. Pour une personne, 400 m² de bassin c’est très bien, c’est ce que j’ai ici. La particularité, c’est que j’ai encore la capacité d’agrandir. Je ne suis pas encore à 100 % de la capacité de production. » Présentés sous forme séchée, les produits de Spirale de Lux sont commercialisés dans des magasins de producteurs, sur des marchés, à la ferme et sur son site internet.
Si l’aquaculteur envisage de se diversifier, c’est que l’année 2025 a marqué un tournant pour Spirale de Lux. « Cette année, la spiruline a été labellisée bio, un élément assez marquant car on est toujours dans une démarche respectueuse de l’environnement. C’est aussi la première fois que je réussis à produire une quantité suffisante et confortable qui enlève ce caillou dans la chaussure de "est ce que j’arriverai à produire suffisamment ?". L’expérience paye : on est bio et j’arrive à produire en bonnes quantités », se réjouit Julien Tamigneaux. En 2025, l’aquaculteur a produit 310 kilos de spiruline sèche, soit près de cent kilos de plus que l’année dernière.
Connaître son sol : la base
Jusqu’alors utilisée comme un parking, une partie de la prairie de Julien Tamigneaux a été soumise à une analyse du sol. Marie-Pascale Couronne, conseillère en agronomie à la Chambre d’agriculture de la Drôme, a usé de pédagogie pour déterminer le type de sol qui recouvre la parcelle. « L’analyse de sol, c’est la toute première étape quand on y connaît rien comme moi pour voir quoi planter ou ne pas planter », a déclaré le propriétaire de Spirale de Lux. Ainsi, deux fosses ont été creusées afin de réaliser le diagnostic.

Julien Tamigneaux est installé sur la Ferme Spirale de Lux depuis 2022. ©ME-AD26
Après avoir déterminé les horizons, dans la première fosse une molasse a été identifiée à environ 90 centimètres de profondeur. « C’est un sol à protéger. Il ne faut pas l’éroder et se retrouver sur la molasse donc il faut éviter de faire un travail profond. Ici, le sol est naturellement bien protégé avec des premiers horizons organiques puis un horizon minéral à partir de quarante centimètres, a expliqué Marie-Pascale Couronne indiquant que le travail du sol ne doit pas dépasser les trente centimètres. Il faudra implanter des arbres ou des cultures qui vont en profondeur. Si possible des porte-greffes d’au moins un mètre cinquante pour que les racines accèdent à l’eau. »
Faire appel à des experts
Si Julien Tamigneaux ne respectait pas ces indications, il pourrait être confronté au phénomène de lessivage. L’analyse du pH de la terre a apporté des indices supplémentaires pour guider le choix des futures cultures. Le sol étant calcaire, les châtaigniers ne sont par exemple pas conseillés. Le test de la pluie a quant à lui confirmé le diagnostic de la technicienne, l’horizon le plus en profondeur a directement été lessivé. Enfin, le test bêche qui permet de voir s’il y a un tassement du sol, s’est avéré correct avec la présence de cinq vers de terre.
Le fameux "test bêche" a donné du fil à retordre aux participants. ©ME-AD26
« À partir de cinq vers de terre, on peut dire que la porosité biologique est présente dans un sol agricole », a précisé Marie-Pascale Couronne. La deuxième fosse a montré un sol au PH plus basique, moins caillouteux. La technicienne a préconisé d’y implanter des cultures annuelles, type maraîchage. Ce diagnostic de terrain reste toutefois à comparer avec les résultats d’analyse complète du sol envoyée au laboratoire Teyssier à Bourdeaux, seul établissement capable de réaliser ce type d’analyse dans la Drôme. « L’analyse de sol a mis certaines choses en évidence : l’acidité du sol, la capacité de rétention, la charge organique… Je ne suis pas encore en mesure de choisir les essences d’arbres, il va falloir que j’accède à d’autres expertises. Ça sera la prochaine étape. L’idée, c’est de ne pas installer quelque chose dont j’ai envie mais parce que c’est le plus indiqué », a déclaré l’aquaculteur à la suite de cette présentation. Il compte d’ailleurs sur l’expertise de l’Adaf pour poursuivre son projet.
Le diagnostic de durabilité du Civam
« C’est bien de mettre en commun ces diagnostics, on entend souvent dire que les agriculteurs travaillent seuls de leur côté. Ça peut être nécessaire de partager ses difficultés et de réfléchir ensemble à des solutions », a estimé Julien Tamigneaux lors de cette intervention du Civam 26. ©ME-AD26
La journée s’est achevée avec l’intervention de Gaëlle Suzanne, animatrice au Civam de la Drôme, et la présentation du diagnostic de durabilité. « Il permet de prendre du recul sur sa structure en prenant en compte trois piliers : social, économique et environnemental », a présenté l’intervenante. Dans la Drôme, trois collectifs gravitent autour de cette démarche initiée par le Civam : dans le Nord-Drôme, à Eurre et dans le secteur de Dieulefit-Bourdeaux. Pour animer ces collectifs, l’association bénéficie notamment du soutien financier de Terre de liens.