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Bilan

Une récolte de lavande et lavandin « bien moyenne »

Alors que les récoltes de lavande et lavandin s'achèvent, le point avec Alain Aubanel, président de la Fédération des producteurs de plantes à parfum, aromatiques et médicinales de Drôme et Ardèche.

Une récolte de lavande et lavandin « bien moyenne »
©AD26
« Comme l'an passé, visuellement les champs étaient assez jolis ; mais la teneur en huile essentielle s'avère faible », constate Alain Aubanel.

Quel bilan faites-vous des récoltes de lavandes et de lavandin ?

Alain Aubanel : « Du fait des conditions météo, la saison peut être qualifiée de bien moyenne. Les pluies abondantes et régulières du printemps, accompagnées de températures basses, ont compliqué les travaux dans les champs. Dans certains secteurs comme Bésignan et Saint-Sauveur-Gouvernet, des mortalités de plants ont été observées. Le coup de canicule de juin n'a pas arrangé la situation car les fleurs ont séché avant de s'ouvrir complètement. Globalement, tous les secteurs ont récolté avec huit à dix jours d'avance. En vallée du Rhône, secteur précoce, les résultats sont bons en lavande mais mauvais en lavandin avec des pertes en volumes de 30 à 50 %. En hauteur, dans le Crestois, le Diois, le Haut-Diois et les Baronnies, le constat est similaire : ça va à peu près en lavande mais en lavandin les pertes sont lourdes. Comme l'an passé, visuellement les champs étaient assez jolis ; mais la teneur en huile essentielle s'avère faible. En résumé, une récolte décevante en lavandin et moyenne en lavande. »

Sur le plan sanitaire, que faut-il retenir ?

A.A. : « Nous avons encore observé pas mal de dégâts de cécidomyies. Depuis plusieurs années, nous n'avons plus aucune solution de lutte : ni en produits phytosanitaires, ni en méthodes alternatives. Il y a eu aussi quelques attaques de chenilles mais pas aussi importantes qu'il y a deux ans. Nous avions été alertés d'un risque par le réseau de piégeage, notamment de la chambre d'agriculture et du Crieppam. Les producteurs ont ainsi pu surveiller et lutter lorsque cela était nécessaire. Les sauges et les origans ont davantage souffert des chenilles. »

Comment se porte le marché ?

A.A. : « Au niveau du marché, à ce jour, les acheteurs estiment qu'il y a encore beaucoup de stocks et que les prix doivent rester très très bas. Pour ma part, je serai un peu plus prudent : oui il y a du stock mais l'année prochaine ou dans deux ans, il n'y en aura plus. Vu la crise économique, les producteurs n'ont plus d'argent pour replanter ou entretenir correctement les plantations. Il y aura donc un trou dans les volumes disponibles. La Drôme n'est pas un département où il y a eu beaucoup d'arrachage mais les lavandiculteurs ont arrêté de planter. Naturellement, les surfaces baissent. En cas de replantation, il faut attendre trois ans pour récolter. »

Peut-on espérer un retournement de marché ?

« Le marché va se réguler assez rapidement. Cependant, si les replantations redémarrent trop vite, le risque d'une nouvelle crise est certain », prévient Alain Aubanel. ©AD26

A.A. : « Le marché va se réguler assez rapidement. Cependant, si les replantations redémarrent trop vite, le risque d'une nouvelle crise est certain. Et là ce sera fatal à la filière. La difficulté est que l'on ne peut pas encadrer les plantations puisque toute mesure de régulation est interdite. Si les surfaces replantées restent relativement basses, il y aura de la place pour tous. À contrario, si elles remontent trop vite, nous continuerons à vendre à perte comme depuis cinq ans. »

La filière est-elle toujours empêtrée dans les réglementations européennes sur les huiles essentielles (Reach et CLP) ?

A.A. : « La Commission européenne a entériné des mesures de simplification mais cela ne concerne hélas pas les producteurs. Notre filière est en grande difficulté et l'on devrait dépenser des centaines de millions d'euros pour savoir si la lavande, le thym ou le romarin sont dangereux pour l'environnement. Une étude sur les perturbateurs endocriniens coûte 300 000 euros. Une étude CMR* revient à un million d'euros. Avec 150 plantes utilisées pour produire des huiles essentielles, il faudrait dépenser 150 millions d'euros ! C'est impossible. Mieux vaut laisser la place à la chimie. Aussi, avec l'appui des élus, nous demandons une dérogation pour les plantes et les extraits de plantes. »

La disparition des produits phytos est-elle inquiétante pour votre filière ?

A.A. : « En l'absence de solutions alternatives, la disparation des produits phytos est très inquiétante. La cécidomyie, ça fait vingt ans que la recherche n'aboutit pas. Aujourd'hui, nous sommes face à de nouvelles problématiques avec nos clients. Il y a dix ans, il ne fallait pas de résidus phytos dans les huiles essentielles. Aujourd'hui, nos clients font des analyses pour s'assurer qu'il n'y a pas de plantes ou de molécules indésirables. Comme on a de moins en moins d'herbicides, nos plantations sont moins propres. D'autres plantes peuvent être présentes et les lots sont alors refusés par les herboristes. Idem avec les huiles essentielles.

Un de nos gros soucis aujourd'hui, c'est que tout le monde confond danger et risque. La détection des molécules ne cessant de s'affiner, les analyses révèlent des choses que l'on ne trouvait pas il y a dix ans. Et dans dix ans, on trouvera dix fois plus de choses que l'on ne trouve pas aujourd'hui. En bio, on découvre des pollutions qui ne dépendent pas de l'agriculture. Nous avons distillé du pin sylvestre provenant d'un parc naturel dans lequel une molécule phyto a été détectée ! Aucun phyto n'étant utilisé dans la forêt, c'est la pluie et le vent qui l'ont amenée, peut-être du Maroc ou d'Espagne. Il faut que les gens retrouvent du bon sens. Il faut aussi que les entreprises cessent d'ouvrir grand le parapluie de la protection car nous, producteurs, n'avons pas de moyens pour contrer cela. »

Le 25 avril dernier à Buis-les-Baronnies, le préfet a réuni les acteurs de la filière pour construire des pistes d'avenir pour les lavandiculteurs. Où en est-on ?

A.A. : « Nous travaillons avec la chambre d'agriculture, le Département et la Région pour trouver des solutions. Mais c'est extrêmement compliqué de trouver des lignes efficaces car les aides de soutien économique sont interdites ou très limitées. D'une part, à court terme, notre priorité est d'aider les producteurs les plus en difficulté sur les territoires historiques de production. D'autre part, à moyen terme, d'étudier dans le cadre de la réforme de la Pac les possibilités d'aider certains territoires agricoles, là où il est difficile de changer de production. »

Propos recueillis par Christophe Ledoux

* CMR : risque d'exposition à des agents chimiques cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.

Lavande et lavandin : une crise sévère

Lavande et lavandin : une crise sévère
©archives AD26

Depuis plusieurs années, les prix s’effondrent suite à une surproduction en Europe et dans le monde. De premier producteur mondial de lavande, la France est désormais devancée par la Bulgarie mais aussi talonnée par la Chine, l’Espagne, la Grèce et la Turquie.

En France, depuis 2016, les superficies de lavandin et de lavande ont progressé de 49 %, pour s’établir respectivement à 24 000 ha et 8 000 ha, attirant arboriculteurs, céréaliers, viticulteurs... en quête de diversification, quand les producteurs historiques, eux, n’ont guère d’alternative sur des terres pauvres et non irrigables.