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Éleveurs de lapins

Lapalliance : un collectif mobilisé  pour l’avenir de la filière cunicole

Lapalliance, le groupement d’éleveurs de lapins du Sud-Est a tenu son assemblée générale à Feurs, le mois dernier. Entre le bilan de l’activité de l’année écoulée, les aides pour faire face à la maladie hémorragique et les actions visant à conquérir de nouveaux éleveurs, la réunion a été dense.

Lapalliance : un collectif mobilisé  pour l’avenir de la filière cunicole
© Lapalliance

Outre sa mission de mettre en marché les lapins produits par ses éleveurs-adhérents, le groupement Lapalliance accompagne également les porteurs de projet dans la création d’un atelier cunicole. La tâche est actuellement rude pour recruter de nouveaux producteurs, afin d’assurer le renouvellement des générations. La Société d’intérêt collectif agricole (Sica), dont le siège est basé à Valence (Drôme), recense 32 élevages répartis dans le quart Sud-Est de la France*, représentant 15 394 cages-mères. Au cours de l’année 2024, le collectif a enregistré l’arrêt de cinq élevages. « Comme d’autres filières animales, nous souffrons de la diminution du nombre d’éleveurs, a confirmé Philippe Marcoux, président et éleveur dans la Loire, lors de l’assemblée générale qui s’est tenue à Feurs, jeudi 26 juin. Chaque année, nous connaissons des cessations d’activité, sans qu’elles soient reprises. Lapalliance ne veut pas se résigner à cette fatalité. » 
Les membres du conseil d’administration, ainsi que les services administratifs, se tiennent à la disposition des porteurs de projet pour les accompagner. « Nous savons que se lancer dans un projet peut parfois sembler vertigineux. Notre rôle est de les conseiller et de les soutenir du mieux possible. Je suis convaincu qu’avec la volonté de tous, nous pouvons inverser cette érosion et nous pouvons donner un avenir à la filière », a assuré le président. Philippe Marcoux, qui s’est tenu à l’écart de Lapalliance au cours de l’exercice écoulé pour des raisons de santé, a remercié toutes les personnes qui ont contribué à la bonne marche de la structure. « Lapalliance a continué de fonctionner, assurant du mieux possible les missions de service aux éleveurs, de représentation, de suivi des questions sanitaires ou encore d’accompagnement des dépôts de demande d’aide. Ce qui prouve que peu importent les personnes qui constituent un collectif, c’est bien le collectif qui compte. »
L’assemblée générale a été l’occasion d’évoquer la GTE (gestion technico-économique). Les responsables de Lapalliance aimeraient que les éleveurs soient plus nombreux à fournir toutes leurs données dans ce domaine, afin d’avoir une analyse plus fine et d’améliorer le conseil aux producteurs. Cela permet aussi de se conformer aux exigences légales et aux cahiers des charges des filières.

Des aides financières pour le sanitaire

Les salariés de la structure accompagnent également les adhérents dans les demandes d’aides financières. Un point détaillé a été fait, car il est facile de se perdre dans les méandres des démarches. Alors que la cuniculture est affectée par la maladie hémorragique virale (VHD), avec 22 déclarations en France en 2024, dont trois au sein du groupement, les éleveurs peuvent émarger à plusieurs mesures : une aide de la Région Auvergne-Rhône-Alpes à la vaccination des deux lots d’engraissement à la suite d’un cas de VHD ; une aide régionale au repeuplement du cheptel en cas de VHD (achat de femelles de renouvellement) ; une aide régionale à la vaccination contre la VHD. Dans le cadre du plan de filière cunicole, une aide aux petits investissements peut également être octroyée. Les éleveurs des autres régions ne peuvent pas en bénéficier. « Je tiens à souligner le travail fait par l’ILGS (Interprofession lapins du Grand Sud), permettant à notre production de disposer du soutien sans faille de la région Auvergne-Rhône-Alpes avec le plan de filière régional », a complété Philippe Marcoux. Dans le cadre du programme opérationnel 2025-2027 financé par FranceAgriMer et l’Union européenne, le groupement peut bénéficier de 35 000 euros d’aides financières pour des actions en faveur des éleveurs ou de la structure. À noter, Lapalliance bénéficie d’une caisse sanitaire pour financer la vaccination des cheptels contre la VHD. Elle est abondée par les abattoirs et les fournisseurs agréés d’aliment.  

Lucie Grolleau-Frécon
* Ain, Allier, Ardèche, Aveyron, Cantal, Creuse, Drôme, Haute-Loire, Loire, Puy-de-Dôme, Rhône, Saône-et-Loire et Tarn.

Lapalliance en quelques chiffres

Le groupement compte aujourd’hui 40 adhérents, commercialise auprès de 3 abattoirs et valorise les produits à travers des démarches qualitatives. En 2024, la Sica Lapalliance a enregistré 92 946 ventes, représentant 2 391 tonnes de lapin, soit - 6 % par rapport à l’année 2023. La tendance est à la baisse en raison de la diminution du nombre d’éleveurs. La stabilité du poids moyen des ventes et des achats sur l’année 2024, autour de 2,5 kg, est un indicateur positif de la cohérence de la production. 
Le prix moyen d’achat s’établit à 2,51 euros par kilogramme. Il était de 2,12 euros en 2021, 2,40 euros en 2022 et 2,54 en 2023. La variation de ces prix s’explique par le fait qu’ils soient indexés sur le prix de l’alimentation. Les adhérents vont pouvoir bénéficier d’un complément de prix versé par kilogramme de lapin commercialisé sur l’année 2024. Il correspond à la réversion du résultat de la Sica aux éleveurs. 

L’avenir de la filière cunicole passera  par la conquête de jeunes éleveurs

Le renouvellement des générations en cuniculture a été au cœur des discussions lors de l’assemblée générale de la Sica Lapalliance. Face à la baisse du nombre de producteurs, la Sica Lapalliance et l’interprofession mettent en place des actions concrètes.

La filière cunicole française devrait perdre 46 % de ses exploitations dans les dix prochaines années. L’âge moyen des éleveurs est de 48,7 ans. Philippe Marcoux, président du groupement Lapalliance, est convaincu que « le renouvellement des générations est la clé de l’avenir de notre filière. On est et on sera tous confrontés un jour ou l’autre à la reprise de nos élevages. C’est un travail permanent qu’il faut avoir en tête et que l’on conduise ». C’est pour conquérir les jeunes que, depuis le début de l’année, des visites d’élevage et des interventions auprès des scolaires ont été initiées par la structure. 
« Grâce aux éleveurs ayant accepté de venir témoigner, d’ouvrir les portes de leur élevage, ainsi qu’aux techniciens qui les ont accompagnés pour préparer et animer ces journées, la filière cunicole a eu l’occasion de remettre un pied dans les programmes scolaires, a indiqué le président. Ces premières journées, riches en échange et en découverte, ont été clôturées par des retours plus que positifs de la part des élèves, des enseignants et des éleveurs. » 
Pour Philippe Marcoux, « nous tenons un début de réponse à ce grand défi qu’est le renouvellement des générations dans la cuniculture. Créer des vocations, parler et faire parler de notre métier est un levier incontournable pour que nos élevages puissent être repris, que de nouvelles installations voient le jour et aussi assurer la pérennité de nos abattoirs et autres entreprises ». 
Les responsables de Lapalliance comptent bien poursuivre les opérations avec les scolaires. Ils souhaitent aussi travailler avec les organisations professionnelles agricoles, en particulier les services liés à l’installation des chambres d’agriculture ainsi que les financeurs. 

Le programme Relev Lapin

Face à la perte du nombre d’éleveurs, le Clipp (Comité lapin interprofessionnel pour la promotion des produits) a lancé le projet Relev Lapin, pour renouveler les élevages cunicoles en termes d’installations et de systèmes d’élevage. Il vise à susciter des vocations et permettre de nouvelles installations. La première action de ce programme concerne l’enseignement agricole. L’objectif est d’améliorer l’accessibilité du métier en produisant et diffusant un ensemble de ressources pédagogiques axées sur l’élevage cunicole. Le but : permettre aux jeunes de mieux connaitre la filière et de leur ouvrir les portes des différents métiers existants. Le second axe de travail porte sur la communication afin d’améliorer l’image et la visibilité du métier en mettant au point un ensemble de supports de communication dans le but de toucher un public large. Le troisième point du programme porte sur la transition des systèmes afin d’améliorer les conditions de travail et l’image de la profession. L’objectif est de développer le concept One welfare (un seul bien-être) dans la filière cunicole, dans un contexte de transition des systèmes de production.  
L. GF