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Agritourisme

À la Ferme de Pommerol, une aire naturelle entre monts et élevages

Afin de se diversifier et avec la volonté de faire découvrir leur activité au grand public, de plus en plus d’exploitations s’ouvrent à l’agritourisme. Dans cette série, nous partons à la rencontre de ceux qui pratiquent le camping sur la ferme. C’est le cas de la ferme de Pommerol.

Par Morgane Eymin
À la Ferme de Pommerol, une aire naturelle entre monts et élevages
©ME-AD26
« Nous sommes environ dix habitants sur la commune. L’été, la population est multipliée par dix », rapportent Joël et Florian Morin, agriculteurs à Pommerol.

Conseillé sur l’agritourisme, Joël Morin a créé l’aire naturelle de la ferme de Pommerol en 1989. Ouvert d’avril à septembre, le site accueille des caravanes, des campeurs en tente et des camping-cars. Située à 800 mètres d’altitude en Drôme provençale, la ferme offre un cadre naturel idyllique pour un séjour en camping. Pour Joël Morin, cette aire naturelle, qui peut accueillir jusqu’à 75 personnes, a été un véritable levier pour s’installer. « L’argent gagné m’a permis de développer ma ferme et de construire les bâtiments », confie le gérant. 

Un havre de paix

Les campeurs découvrent en premier lieu la bâtisse en pierre qui fait office d’accueil des voyageurs. Devant, des tables de pique-nique ont été installées pour créer un espace de vie convivial. Un endroit pratique et vivant apprécié par Laurent, habitué du camping depuis sept ans, qui vient parfois y préparer son repas. « Nous venons de la ville, moi je travaille en bureau près de Bruxelles. Ici, nous venons chercher la nature, les bons produits fermiers et l’authenticité », témoigne-t-il en épluchant ses légumes. À ses côtés, son fils Antoine, 14 ans, en profite pour surfer sur le web grâce au wifi partagé de la ferme. « D’habitude il n’est pas trop sur son téléphone mais là c’est son petit moment, précise le père de famille. Il est souvent impatient de revenir à la ferme. À force de faire la visite de l’élevage de cochons, il connaît les explications par cœur et aide même à faire visiter aux touristes ».

Le site se situe entre différents monts et bénéficie d'un paysage très apprécié des touristes. ©ME-AD26

Si le camping accueille davantage des personnes sans enfants car « souvent les familles veulent une piscine sur le site », Antoine s’est lié d’amitié avec quelques jeunes qui viennent chaque année. Ce jour-là, il attend d’ailleurs leur venue avec impatience. Le camping reçoit aujourd’hui principalement des Français mais jusque dans les années 2010, les trois-quarts des voyageurs étaient originaires des Pays-Bas. Pour Florian Morin, c’est l’occasion d’approfondir ses compétences linguistiques. Les agriculteurs proposent aussi la vente de jus de fruits et d’huile de noix produites avec des arbres fruitiers présents sur la ferme.

« Les gens me font aimer le métier »

L’aire naturelle de la ferme de Pommerol participe à l’attractivité touristique de la commune. « Nous sommes environ dix habitants. L’été, la population est au moins multipliée par dix », rapportent Joël et Florian Morin. Juste au-dessus du camping, les vaches peuvent être aperçues lorsqu’elles pâturent dans les champs abrupts. Sur le site, ils peuvent aussi approcher Nisticouette, la féline de la famille, et les ânes. À proximité de la ferme, les voyageurs profitent des plans d’eau du Pas des ondes à Cornillon-sur-l’Oule, de Pigerolles à Rosans. À ce sujet, Laurent et son fils Antoine précisent qu’ils apprécient les sites de via ferrata du coin mais aussi ses marchés de producteurs et d’artisans : à Die, Nyons ou encore La Motte-Chalancon.

« Nous venons de la ville, moi je travaille en bureau près de Bruxelles. Ici, nous venons chercher la nature, les bons produits fermiers et l’authenticité », témoigne Laurent, campeur habitué de la ferme. ©ME-AD26

Le 18 juillet, les agriculteurs ont reçu la visite de deux anciennes habituées du camping. Hélène et sa fille Manon ont passé leurs étés à Pommerol de 1991 à 2011. Ce jour-là, c’est quinze ans après leur dernière visite qu’elles sont passées « faire une surprise » à Joël Morin et son fils. « Nous étions dans le coin, nous devions passer les voir, témoignent les deux femmes, émues. C’est l’occasion de nous remémorer de beaux souvenirs et des moments passés au camping ». Une visite qui rappelle à Joël Morin son attachement à cette activité d’accueil sur la ferme. « Avec le camping, les gens me font aimer le métier du tourisme, déclare ce dernier. Je souhaite que ma clientèle ne change jamais ». En 2026, le soixantenaire prendra sa retraite d’éleveur mais conservera la gérance de l’aire naturelle.

« Faire perdurer la culture paysanne de nos ancêtres »

Le jeune agriculteur a déjà repris l’activité bovine et gère ainsi quatorze mères et un taureau. ©ME-AD26

Passé le hameau escarpé, une route à la chaussée rétrécie mène au camping et à la ferme de Pommerol. La famille Morin a investi ce petit coin entouré des monts de Raton, de Piégros et du Fourchat dans les années 1460. C’est en tout cas ce qu’indique l’acte de naissance le plus ancien qu’a dégoté Florian Morin, 31 ans, 18e génération. Le jeune agriculteur, ancien militaire, a rejoint son père Joël sur l’exploitation familiale en 2021. « J’aurais pu travailler et vivre à l’étranger mais je n’aurais pas pu me regarder dans la glace. Je ne voulais pas faire défaut à mes ancêtres. Ma place est ici », estime le gaillard.

Se réconcilier avec l’élevage 

Joël Morin a repris la ferme de 52 hectares de landes sauvages à ses parents en 1988 après un diplôme en MFR. « On m’a conseillé la vente directe et l’agritourisme car il n’y avait pas assez de terres pour rendre l’exploitation viable », raconte l’agriculteur de 65 ans. Il s’est officiellement installé en 1990 avec l’élevage de 60 brebis dont s’occupaient ses parents. À l’époque, les animaux passaient par la Sica de Rémuzat pour l’abattage. En 1999, Joël Morin a ajouté l’élevage de cochons aux activités de la ferme. En 2003, il a investi dans des ânes pour l’entretien de ses parcelles et a cessé deux années plus tard l’élevage de brebis. « C’était vraiment très contraignant pour gérer les clôtures et nous avions une grosse pression de prédation lupine », raconte le soixantenaire. En parallèle, un parrain lui a confié 55 hectares de terre au Valdoule, dans les Hautes-Alpes. Les parcelles étant propices au pâturage, l’éleveur s’est diversifié avec des vaches de race Aubrac. « Il n’y avait aucune infrastructure existante pour accueillir ces animaux sur la ferme. Je suis parti de zéro. Les personnes dans les bureaux n’y croyaient pas », se rappelle Joël Morin.

En 2010, il fait construire un hangar de 460 m² équipé du nécessaire pour mener son élevage bovin. « Les vaches m’ont réconcilié avec l’élevage », souffle l’agriculteur. En parallèle, depuis cette année-là, il loue 90 hectares de parcelles boisées à l’ONF. Au total, la ferme de Pommerol gère ainsi 230 hectares.

Dernière ferme du village 

En 2026, Joël Morin passera officiellement le flambeau à son fils Florian et sa compagne Morgane Boltz. Le jeune agriculteur a déjà repris l’activité bovine et gère ainsi quatorze mères et un taureau. Les animaux sont abattus à Die et la famille passe par l’atelier de découpe Troupéou à Mornans. Toutefois, Florian Morin et sa compagne pourraient faire évoluer les pratiques de la ferme familiale à l’avenir. Le couple projette la construction d’un nouveau bâtiment au sein duquel il souhaiterait intégrer un atelier de découpe porcin. En effet, après avoir été militaire parachutiste puis réserviste pour la Légion étrangère de ses 22 ans à 28 ans, Florian Morin a passé un CAP boucherie et s’est formé en alternance chez Troupéou. Ainsi, il a déjà fait des demandes de permis de construire pour s’équiper d’un bâtiment dont le coût serait amorti par une installation photovoltaïque.

À la retraite de son père, il s’associera avec sa compagne, actuellement en formation de BPREA, avec qui il gérera aussi l’élevage de cochons. Une cinquantaine par an est commercialisée en caissette ou transformée en pâtés ou saucisses et vendue à la ferme ou en point relais (Nyons, Suze-la-Rousse, Sérignan-du-Comtat). Dans la continuité de son père, Florian achète son foin ce qui lui évite « de gros investissements matériels ». Selon la famille, la ferme de Pommerol est la dernière du village. « L’agriculture nous permet de faire perdurer la culture paysanne de nos ancêtres et de faire vivre l’arrière-pays », confient le père et le fils.