Aux jardins de Carpat, la noix s’agrémente de plantes aromatiques
Installés depuis quatre ans à Saint-Jean-en-Royans, Laure et Renaud Alloncle cherchent à développer et sécuriser leur production nucicole sur dix hectares.
Tous deux fils et fille d’agriculteurs, Laure et Renaud Alloncle ont renoué avec la passion de la terre depuis 2021. Le couple a troqué sa vie lyonnaise pour un retour à la nature aux Jardins de Carpat, la ferme des parents de Laure Alloncle, retraités. S’ils ne possèdent qu’un hectare de noyers, les producteurs gèrent toutefois près de dix hectares en bio. « Nous espérons récupérer les parcelles de ceux qui partent à la retraite, expliquent-ils. Le territoire est enclavé au niveau foncier, c’est très tendu pour obtenir des terres. » Si leur récolte varie d’année en année, elle peut atteindre jusqu’à 18 tonnes. En parallèle, le couple cultive près d’un hectare de plantes aromatiques commercialisées en partie grâce au réseau des fermes du Vercors.
La noix sous toutes ses formes
La vente directe permet à Laure et Renaud Alloncle « d’avoir une marge plus importante ». En bio, le couple se retrouve confronté au carpocapse et à la mouche. Des Ginko, diffuseurs de phéromones vendus par Valsoleil, sont déposés par des drones et protègent les noyers. « Au début, nous traitions avec du Madex. Cela coûtait très cher, sans parler du carburant et du temps passé », témoignent les nuciculteurs.
La ferme propose de nombreux dérivés de noix. ©ME-AD26
Le couple ne traite pas contre la mouche du brou car il estime cette méthode « contre-productive car le produit touche toutes les plantes et les insectes autour ». Laure et Renaud Alloncle ne possèdent pas de système d’irrigation. « Cet été, les arbres ont beaucoup souffert. Très peu de secteurs sont irrigués dans le Royans. C’est un sujet sur lequel la profession devra réfléchir dans les années à venir », estiment-ils. La grêle n’épargne pas non plus les producteurs. « En 2023, 80 % des vergers ont été touchés lors des orages de grêle. En 2024, nous n’avons pu valoriser que quatre tonnes en AOP. L’appellation implique d’avoir un bon calibre, une coquille propre et un tri rigoureux. Il ne doit pas y avoir plus de 4 % de cerneaux défaillants sinon nous devons vendre les noix sous un autre nom. Ça devient la "noix du Royans"», explique le couple.
Des débouchés locaux
En plus des noix, Laure et Renaud Alloncle cultivent différentes plantes aromatiques : verveine, thym, romarin, sauge et du safran. « Nous avons renoué avec cette activité qui existait dans le passé sur la ferme lorsque les producteurs s‘appuyaient sur la Cuma Vercors plantes. Nous cherchons à lier la noix aux plantes avec des recettes salées comme le pesto par exemple », racontent les producteurs. Ils peuvent compter sur le réseau des fermes du Vercors* pour trouver des débouchés. « Nous faisons partie des fournisseurs de la ferme iséroise O’lait du Vercors qui produit des glaces dont la crème glacée verveine citronnée qui a remporté la médaille d’or au Concours international de Lyon en décembre 2024. Ce réseau nous permet de créer une vraie synergie entre producteurs. » Les Jardins de Carpat sont aussi ambassadeurs de la marque Drôme c’est ma nature.

« Cet été, les arbres ont beaucoup souffert. Très peu de secteurs sont irrigués dans le Royans. C’est un sujet sur lequel la profession devra réfléchir dans les années à venir », estiment les producteurs. ©ME-AD26
En plus du marché ou de leur magasin à la ferme, les noix sont vendues à six boulangers différents. La Cave Noisel, à Saint-Jean-en-Royans fait aussi partie de leurs acheteurs. « C’est une activité complémentaire pour nous. Cela évite d’être en surproduction et nous passons par la société pour faire notre huile. » La Cave Noisel héberge une des deux casseuses de la Cuma des cass’noix qui regroupe 60 adhérents en Drôme et en Isère. « Lorsque nous cassons, nous produisons beaucoup de coquilles. La cave en valorise une grande partie et tout le monde est gagnant », soulignent les nuciculteurs.
« Nous attendons le feu vert de l’AOP pour lancer la récolte »
Chaque année, l’AOP Noix de Grenoble recommande aux producteurs une date de récolte. Cette année, il s’agissait du mardi 23 septembre. « Il faut que 80 % du verger soit mature pour s’assurer de la qualité, rappellent Laure et Renaud Alloncle. La pluie annoncée va permettre de faire éclater le brou. » Équipé d’une ramasseuse de la marque AMB Rousset, le couple mutualise le matériel avec d’autres producteurs. « Cela permet de limiter les frais et de favoriser l’entraide », estiment-ils. En moyenne, ils passent trois semaines à ramasser et trois semaines à trier les noix. « Niveau calibre, nous devrions être plutôt bas cette année, autour de 28-30 centimètres de diamètre, à cause du manque d’eau. Mais la qualité du cerneau sera là », exposent les producteurs. Certaines parcelles en pente impliquent le ramassage à la main. « Nous avons du mal à trouver de la main-d’œuvre car c’est un contrat court et à temps partiel », rapporte le couple.
* Le Parc naturel régional du Vercors valorise les agriculteurs de son territoire avec le label national Valeurs Parc naturel régional, l’association des Fermes du Vercors, et le label inspirations Vercors.