Début des vendanges : tour des vignobles régionaux
Alors que les vendanges ont débuté dans certains secteurs, la rédaction vous propose un tour des différents vignobles de la région pour apprécier la qualité et la quantité de ce millésime 2025.
Vallée du Rhône septentrionale – côte-rôtie
À Ampuis, Mickaël Gerin, président de l’appellation côte-rôtie, décrit une année « plus classique », après les excès de 2023. L’hiver et le printemps pluvieux ont laissé craindre des pressions sanitaires précoces, notamment en mildiou et black rot, mais les chaleurs de juin et juillet ont rétabli la situation. « Les raisins sont magnifiques, nous sommes optimistes pour un millésime de grande qualité », se réjouit-il. Aucun orage de grêle n’a touché le secteur cette année, protégé par ailleurs par un dispositif de ballons antigrêle. Les vendanges sont attendues début septembre. Concernant la main-d’œuvre, la plupart des domaines travaillent avec des équipes permanentes renforcées de saisonniers locaux et de quelques Italiens. « La bonne ambiance aide à fidéliser les vendangeurs », assure-t-il.
Diois
Fabien Lombard, vigneron et président de l’appellation, décrit un millésime 2025 marqué par un printemps humide suivi d’un été très sec. « Le vignoble est sain, sans mildiou ni pourriture, mais la sécheresse et les échaudages liés aux températures de 38-39°C inquiètent », souligne-t-il. La grêle a touché de manière hétérogène le haut de vallée sans impact global. Les vendanges s’annoncent précoces : les muscats des coteaux les plus bas débutent dès la semaine du 18 août, tandis que la clairette suivra en septembre. « Les volumes seront modestes, avec des raisins petits mais concentrés », précise le vigneron. La qualité s’annonce élevée, à condition de préserver l’acidité indispensable aux effervescents. Côté vendanges, la main-d’œuvre locale est mobilisée, avec un souci croissant lié aux conditions de chaleur.
Ardèche
Pour Ludovic Walbaum, président du comité vin et ancien président des Vignerons indépendants d’Ardèche, « le millésime 2025 s’annonce chaleureux et précoce ». Les pluies printanières ont permis de constituer des réserves hydriques, mais la canicule de l’été et le vent du sud accentuent désormais le stress des vignes, surtout sur les coteaux peu profonds. « Nous ne pouvons pas donner de tendance générale, chaque terroir réagit différemment », précise-t-il. Côté maladies, la vigne est restée plutôt saine, sans gros épisodes de mildiou ni de grêle. Les vendanges ont démarré dès la mi-août dans le sud, avec les cépages blancs (ugni blanc, chardonnay, sauvignon), parfois « deux à trois degrés plus élevés que la normale ». Selon lui, 2025 sera un « millésime de vignerons », où les choix de date de récolte seront notamment déterminants. En ce qui concerne la main-d’œuvre, le recrutement reste tendu encore cette année, mais les indépendants s’appuient sur leurs réseaux locaux et familiaux.
Beaujolais
Axel de Couët, conseiller viticole à la chambre d’agriculture du Rhône, résume une campagne contrastée. Après un bon départ au printemps, la floraison a souffert de pluies et d’orages de grêle début juin, provoquant coulures et pression sanitaire en mildiou notamment. « Les vignerons ont dû cravacher, mais finalement, les grappes sont saines », souligne-t-il. La canicule de juillet a limité la progression des maladies mais freiné le grossissement des baies : le potentiel de récolte reste « moyen ». Avec des dates de véraison observées dès le 14 juillet dans les secteurs précoces, le millésime apparaît comparable à 2015 ou 2017 selon le conseiller, avec une belle qualité attendue. Les vendanges de crémant débuteront mi-août, suivies des beaujolais entre le 22 et le 28 août. Côté main-d’œuvre, le recours aux vendangeurs reste important, avec une inquiétude liée à la chaleur estivale pour les conditions de travail.
Coteaux du Lyonnais
Pour Yann Fangeat, vigneron et coprésident de l’appellation, l’année a démarré avec une forte pression en mildiou, « mais plutôt bien maîtrisée ». La floraison a été perturbée localement, entraînant une coulure et un potentiel de rendement faible. L’été sec et caniculaire a ensuite mis la vigne à rude épreuve. « Nous observons déjà des symptômes de coups de soleil et de défeuillage », explique-t-il. La maturité est avancée, avec des degrés de sucre élevés, mais une acidité encore forte, ce qui rend les choix de vendanges délicats. « Une petite pluie pourrait transformer le millésime en année exceptionnelle, mais sans eau, nous risquons un profil déséquilibré », redoute-t-il. Les vendanges à la main restent majoritaires, mais sur de petites structures. « Le recrutement n’est pas un gros problème, même si travailler sous la canicule devient très difficile ».
Vins d’Isère
Wilfrid Debroize, installé au Touvet (Isère), souligne la bonne tenue sanitaire des cépages alpins patrimoniaux qu’il cultive. « Pas de mildiou ni d’oïdium significatifs, seulement quelques cas d’esca (maladie cryptogamique) sur de vieilles vignes ». Protégé par la Chartreuse, le vignoble a échappé aux grêles et gelées printanières. Les réserves hydriques du printemps ont permis un bon départ, mais la canicule de juillet-août a provoqué du folletage et fragilisé les jeunes plantations. « Nous devrions sortir 40 à 45 hl/ha, mais avec un risque de pertes sur les pieds les plus jeunes », estime-t-il. Les vendanges sont prévues entre fin septembre et mi-octobre, avec les cépages précoces (gamay, verdesse) récoltés en premier. Le domaine recrute exclusivement en local : « nous travaillons avec des étudiants et des jeunes en insertion, pour garder une dimension humaine ».
Savoie : près de 110 000 hl de vins attendus
Cette année, les vendanges seront également précoces en Savoie, avec un début prévu durant la dernière semaine d’août. « Le scénario climatique a été assez variable, avec une vague de chaleur arrivée en juin, puis un retour de la fraîcheur qui a ralenti la maturité fin juillet, finalement repartie au début du mois d’août », relate Julien Parlet, président du syndicat des Vins de Savoie. Selon lui, cette précocité sera tout de même synonyme d’une belle qualité, avec un état sanitaire satisfaisant. « Nous attendons une récolte de 110 000 hl, soit l’équivalent d’une année moyenne. » À titre de comparaison, le millésime 2021 était en-dessous des 90 000 hl, et celui de 2024 n’avait pas dépassé les 95 000 hl. « Même si les ventes ont baissé, les stocks sont finalement assez bas et des exploitations manquent de vin… Nous avons besoin de reconsolider les stocks avec ce millésime », affirme le viticulteur. Concernant la pluviométrie, les vignobles savoyards n’ont pas tous été logés à la même enseigne. « Mais tout le monde a eu de l’eau quand il le fallait », précise le président. Côté main-d’œuvre, ce petit vignoble de 2 000 ha bénéficie chaque année de sa proximité avec l’Italie et compte de plus en plus sur le développement de la mécanisation.
Bugey : des vendanges précoces
Le vignoble du Bugey n’a pas échappé à la vague de chaleur des dernières semaines. Selon Jean-Luc Guillon, président du syndicat des vins du Bugey, des vignes commençaient à se bloquer dès le 10 août. « Le sec va être la grande inconnue… S’il ne pleut pas jusqu’aux vendanges, qui devraient démarrer au plus tôt entre le 20 et le 25 août pour le sud, et à partir du 5 septembre pour le reste du vignoble, obtenir de bons rendements ne sera pas aisé… Certains cépages présents sur le vignoble, tels que la roussette et le chardonnay, peuvent rapidement souffrir d’une sécheresse persistante », admet le responsable. Le potentiel est pourtant au rendez-vous. Contrairement à ces dernières années, l’ensemble du vignoble a, cette fois-ci, échappé au gel et à la grêle. Côté sanitaire, peu de maladies ont éprouvé la vigne, même pour les viticulteurs en biodynamie. Bien que la machine se développe de plus en plus vite au sein du vignoble, les viticulteurs préparent désormais le recrutement des vendangeurs et commencent peu à peu à se tourner vers des agences d’intérim.
Loire : un millésime marqué par la sécheresse
Dans le Roannais, la sécheresse et la canicule risquent de pénaliser les volumes. Sur son domaine situé à Renaison, le président de l’association vinicole Forez-Roannais (AVFR), Stéphane Sérol, a ainsi comptabilisé seulement 20 mm d’eau durant ces deux derniers mois. Le secteur devrait donc démarrer les vendanges de façon précoce, entre le 8 et le 12 septembre. Une information confirmée par Jean-Marie Vial, président de l’association La Loire aux 3 vignobles. « L’an dernier, nous avions vendangé le 20 septembre. Cette année, les dates vont être avancées entre le 5 et le 10 septembre. » Concernant les volumes, le viticulteur reste lucide : ce millésime sera marqué par un stress hydrique et des rendements en jus moins importants par rapport à une année dite normale. « Les zones en coteaux ont été davantage impactées par l’état de sec, bien que certains vignobles aient bénéficié d’environ 40 mm d’eau en juillet, contrairement au nord de la côte roannaise. » Autre différence notable avec la récolte 2024 : la quasi-absence de maladies. « Les derniers traitements remontent à la mi-juin, à l’antipode de l’année dernière où nous avions dû couvrir la vigne jusqu’à début août », assure le président.
Jura : quantité et qualité au rendez-vous
Pour ce millésime 2025, le Jura devrait jouir d’une récolte aussi bonne en qualité qu’en quantité. C’est du moins ce qu’affirme Laëtitia Buffet, responsable de la société de viticulture du Jura. « Nous avons connu très peu de maladies et un temps très favorable : il y a du raisin en quantité suffisante, ce qui est très positif après l’année de gel que le vignoble jurassien a vécu l’année passée. » Tandis que la récolte des crémants débute tout juste, le reste du vignoble devrait être vendangé à partir du 25 août, puis début septembre. Si les fortes chaleurs ont généré du stress hydrique, la professionnelle affirme que les raisins n’ont pas été abîmés. La difficulté réside cependant dans le recrutement de la main-d’œuvre. « Ce dernier s’avère de plus en plus compliqué, si bien que nous voyons fleurir le recours à des prestataires de service, un sujet qui a d’ailleurs fait l’objet de la réunion de pré-vendanges. » L’objectif ? Conseiller et rappeler les bonnes pratiques et obligations qui incombent aux viticulteurs dans ce cas précis.
Mâconnais : un volume en baisse, mais une belle qualité
Dans le Mâconnais, les vendanges des crémants ont démarré ce lundi 18 août, soit une semaine plus tôt qu’à l’accoutumée. « Nous avons perdu du volume sur certaines vignes qui craignent le chaud et le sec, mais si les volumes sont en baisse, la qualité sera présente », admet Patrice Fortune, président de l’Union viticole 71. Le sud du département a également été fragilisé par une attaque de mildiou du 20 mai jusqu’au 15 juin. L’oïdium et le black rot n’ont, en revanche, causé aucun dégât, y compris sur des essais témoins non traités. Volumes en baisse, mais belle qualité. Concernant la main-d’œuvre, les responsables professionnels ont tenu à mettre en garde contre certaines pratiques illégales liées à des prestataires de service. « Des viticulteurs ont reçu une demande de la part de l’État de régler la TVA que leur prestataire n’avait pas payée, alors que le viticulteur l’avait déjà fait sur sa facture. En réalité, les prestataires en question n’étaient pas aux normes françaises et ne payaient ni la TVA, ni les charges sociales. Dans ce cas-là, l’État se retourne contre le donneur d’ordre : le viticulteur. » Afin d’éviter cette déconvenue, Fabrice Fortune recommande de vérifier que le prestataire de services détient l’attestation de vigilance, qui est un certificat délivré par la MSA et qui confirme que le prestataire est à jour dans ses cotisations sociales et TVA.
L.R. et C.B
En France : une campagne à plus de 40 Mhl
« Selon les premières estimations du 1ᵉʳ août, la production viticole française 2025 devrait se situer entre 40 et 42,5 millions d'hectolitres (Mhl), un volume proche de la moyenne quinquennale », a indiqué Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture dans une récente note de conjoncture. Cette campagne 2025 serait en tout cas meilleure que celle de l’an dernier (37 Mhl) qui avait été historiquement faible. Cette année, les conditions climatiques ont été nettement plus favorables, limitant la pression des maladies. Agreste s’attend à une hausse de la production en Bourgogne et en Champagne, Val de Loire et dans les Charentes. Cependant, les mesures de réduction définitive du potentiel agricole pèsent sur la production. Au 1ᵉʳ août, ce sont 5 418 demandes d’aide qui ont été déposées pour l’arrachage définitif portant sur 27 461 ha de vignes, dont plus de 20 000 ha dans le Sud-Ouest (Bordelais, Languedoc, Roussillon). Rien que dans l’Aude, ce sont environ 5 000 ha qui ont été arrachés au cours des 12 derniers mois. De plus, dans ce département, entre 1 000 et 1 500 hectares de vignes ont été rayés de la carte. « Soit par le feu, soit par des produits retardant, soit exposés pendant plusieurs jours à de la fumée », selon le premier vice-président de la FNSEA, Jérôme Despey, lui-même viticulteur dans l’Hérault.