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Irrigation

L’agriculture au cœur du nouvel accord-cadre sur l’eau

Ce nouvel accord-cadre engage sur cinq ans les différents acteurs publics et agricoles à œuvrer ensemble pour mener à bien des projets de gestion raisonnée de la ressource en eau.

Par M.E.
L’agriculture au cœur du nouvel accord-cadre sur l’eau
©ME-AD26
Véronique Simonin, sous-préfète, David Bouvier, conselier départemental, Nicolas Alban de la délégation territoriale de l’Agence de l’eau, Jean-Pierre Royannez de la Chambre d’agriculture, Bernard Vallon du Syndicat d’irrigation drômois et Philippe Breynat, président de l’Adarii ont signé ce nouvel accord-cadre sur l’eau le 6 novembre.

Le Conseil départemental de la Drôme, l’Agence de l’eau Rhône-Méditérannée-Corse, la Chambre d’agriculture de la Drôme (CA 26), le Syndicat d’irrigation drômois (Sid) et l’Association drômoise des agriculteurs en réseaux d'irrigation individuels (Adarii) ont signé un nouvel accord-cadre sur l’eau, jeudi 6 novembre à Divajeu. Le rendez-vous était fixé à la réserve de Choméane, un site exploité par le Sid et qui permet l’irrigation d’environ 300 hectares de terres agricoles sur la rive nord de Crest. L’occasion de mesurer les enjeux autour de la ressource en eau sur le territoire. « Nous avons beaucoup d’agriculteurs qui jusqu’à présent arrivaient à produire avec peu d’eau. Aujourd’hui, ils n’y arrivent plus », a rappelé Jean-Pierre Royannez, président de la CA 26 lors de cette rencontre.

Infiltration de l’eau, irrigation dans le Nord-Drôme, stockage, modernisation de l’ASA d'irrigation Sud Roubion entre Rhône et Canal, projets des Hauts de Provence Rhodanienne, accompagnement au pilotage de l’irrigation… Le chantier s’annonce colossal. Mais comme l’a souligné Nicolas Alban, directeur de la délégation territoriale de Lyon de l’Agence de l’eau Rhône-Méditérannée-Corse, « dans la Drôme, vous avez tout ce qu’il faut avec des acteurs structurés d’une richesse incroyable. Si nous n’y arrivons pas ici, nous n’y arriverons nulle part ailleurs ».

Des projets de longue haleine

« Dans notre département, il y a eu des changements. Depuis 2014, environ 8 500 hectares de maïs irrigués ont disparu, a rapporté le président de la Chambre d’agriculture de la Drôme. Aujourd’hui, on sait que quand nous réduisons nos activités, ce sont nos chiffres d’affaires qui sont touchés. » Il a souligné que demain « davantage d’hectares auront besoin d’eau », dont des cultures qui jusqu’à présent pouvaient plus facilement s’en passer. Du côté de l’Adarii, malgré les efforts des différents acteurs, un projet de système d’aide entre irrigants individuels et les collectifs n’a pu voir le jour.

David Bouvier, conseiller départemental de la Drôme, a quant à lui rappelé l’engagement de la collectivité pour gérer la ressource en eau auprès des différents publics. Il a notamment cité les cinq millions d’euros investis par le Département dans l’eau potable et l’assainissement. Concernant l’agriculture, « nous travaillons avec la Chambre d’agriculture au quotidien » en faisant par exemple référence aux Assises de l’eau. Véronique Simonin, sous-préfète de Die, a rappelé que l’eau devenait « une ressource de plus en plus précieuse ».

Travailler ensemble

« Le but de cet accord, c’est que les différents acteurs arrivent à travailler ensemble », a martelé Jean-Pierre Royannez. Pour Nicolas Alban, le maître-mot reste la sobriété. « Vous avez su vous diversifier car vous avez compris que c’est ce qui permet d’être plus robuste face aux aléas climatiques et aux sécheresses, a déclaré le directeur de la délégation territoriale. L’idée est d’optimiser l’eau utilisée voire de s’en passer. »

David Bouvier a lui aussi salué le travail réalisé lors des six accords-cadres « malgré que nous ayons toujours des problèmes d’étiage ». « J’avais un peu peur qu’on mette tout le monde autour de la table mais chacun a écouté les problèmes de l’autre », a-t-il ajouté. Véronique Simonin a quant à elle souligné « les défis encore nombreux » à relever avec cet accord et une vision sur cinq ans.

Témoignage

Agriculteur à Chabrillan et référent d'un groupe d'irrigants créé en 2022 sur le secteur de Crest-Sud, Ludwig Blanc suit ces accords avec attention. « Ce pompage dans la rivière de la Drôme a près de quarante ans. Ça n’est pas simple surtout en été puisque nous sommes contraints de respecter des débits stricts, a-t-il avancé. La rive gauche de Crest est totalement dépendante de la rivière. La meilleure hypothèse serait de stocker de l’eau ailleurs, mais où ? Et comment financer un tel projet ? » L’agriculteur rappelle qu’une quarantaine de producteurs comptent sur la réserve actuelle.

« Ici, le réseau d’irrigation est fait pour 500 hectares et nous en avons 300, rapporte-t-il. On est plusieurs à avoir diminué nos activités et à s’être diversifiés. Par exemple, j’ai arrêté les plantes à parfum et aromatiques pour faire de l’ail durant l’hiver et j’ai acheté un système de goutte-à-goutte pour irriguer mon maïs de manière plus résiliente. » Selon Ludwig Blanc, cet accord a le mérite d’exister et de proposer des choses. « C’est toujours mieux d’avoir quelque chose d’imparfait et d’avancer plutôt que ne rien tenter », estime celui qui fait le lien entre les communes, le Sid et les agriculteurs du territoire.