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Machinisme

L’autonomisation fait de l’œil aux agriculteurs

Machinisme / L’entreprise Vantage AM a organisé, mercredi 3 décembre, la démonstration d’une technologie de pointe : le tracteur autonome Auto Drive chez Fauriel Fruits à Loriol-sur-Drôme.

Par M.E.
L’autonomisation fait de l’œil aux agriculteurs
ME-AD26
« Ça fait vraiment bizarre de ne pas voir de conducteur dans la cabine », ont déclaré les agriculteurs lors de la démonstration de Vantage AM.

En démonstration chez Fauriel Fruits, le système Auto Drive, qui permet d’automatiser la conduite et les outils de n’importe quel tracteur, a laissé les agriculteurs bouche bée mercredi 3 décembre. Présentée comme un kit universel, cette technologie s’adresse aux arboriculteurs et aux vignerons pour les travaux de cultures permanentes. En parallèle de cette démonstration, les agriculteurs ont aussi bénéficié d’une présentation du capteur Cclair d’Agriconnect, service de cartographie de la floraison pour la modulation de l’éclaircissage et pour l’optimisation de la production.

Pas de retour en arrière

La gamme Go-Track, fabriquant polonais de nouvelles technologies, permet d’équiper la cabine du véhicule avec une console qui peut gérer la pulvérisation et l’atomiseur avec un joystick. Le dispositif, activable en un clic sur son téléphone, est doté d’un GPS précis au centimètre et permet d’automatiser à distance l’ouverture et la fermeture des équipements. L’opérateur doit enregistrer le parcours du verger de manière manuelle afin que le système enregistre l’itinéraire. Une fois complétée, la cartographie est injectée dans la console. En mode automatique, l’appareil répète ensuite toutes les opérations.

Le Remote contrôle possède une fonction de séquençage et permet de télécommander l’embrayage et le frein ainsi que les boutons d’arrêts d’urgence pour la sécurité. L’Autodrive peut capturer des images à l’avant et à l’arrière et détecte les obstacles sur son itinéraire grâce aux caméras en couleur et infrarouge équipées d’une intelligence artificielle. De quoi lui permettre de rouler aussi la nuit. « Nous avons un client à Mautauban qui parfois réalise la tonte et la pulvérisation de manière autonome durant la nuit. Il a acheté le tracteur autonome il y a trois ans. Cela nous a permis d’avoir du recul sur cette technologie. La première année, l’agriculteur est resté dans le tracteur pour se rassurer et maintenant, il ne reviendrait jamais en arrière, a précisé Gérald Poitrenaud, expert-produit chez Vantage AM. Les clients achètent ce matériel pour une certaine sécurité. Comme ça, si un des deux chauffeurs est absent, l’un d’entre eux peut gérer les deux machines. »

Fiabilité et évolution

Concrètement, le conducteur doit intervenir pour remplir le pulvérisateur ou mettre du carburant. Une fois que la cuve est vide, le système peut être calibré pour renvoyer le véhicule à l’aire de remplissage. Il ne peut être utilisé en automatique sur la voie publique et Vantage AM a rappelé aux agriculteurs de « bien s’assurer qu’il n’y ait personne dans le verger car le risque zéro n’existe pas ». Le système possède une caméra pour centrer la machine entre les rangs.

Un matériel qui n'a pas laissé indifférents les agriculteurs présents pour la démonstration. « Nous avons une problématique de main-d’œuvre qui coûte de plus en plus cher et on peine de plus en plus à trouver du monde pour faire des travaux dans les vergers, a témoigné Adrien Clair, installé avec son père en arboriculture à Loriol-sur-Drôme. C’est une bonne solution, ça marche bien. Après, je pense qu’il pourrait y avoir encore des améliorations à faire sur l’intelligence artificielle afin que ce soit plus adapté à nos vergers drômois, sachant que nous n’avons pas de grandes parcelles et qu'elles sont parfois éclatées. Quand il y a des routes au milieu, il faut revenir à chaque fois pour remettre le tracteur sur le bon itinéraire. Dans les années à venir, ça peut être un matériel dans lequel nous investirons. »

Pour Gilles Brun, oléiculteur à Saint-Rémy-de-Provence, le matériel peut être intéressant pour la tonte. « On fait énormément de kilomètres pour tenir le plus bas possible l’herbe pour ne pas avoir d’humidité lors de la floraison des olives. C’est rébarbatif et ça n’a pas de valeur ajoutée pour la personne dans le tracteur. Ça nous éviterait de passer des dizaines d’heures à tondre. On voit que la technique est déjà bien avancée. C’est assez prometteur. Certes, c’est un investissement mais, en olive, l’humidité est un de nos principaux problèmes. Donc, si ce système permet d’avoir plus d’olives car on a une meilleure pollinisation, on s’y retrouvera. »

Prix et prérequis

La base pour utiliser cette technologie, c’est la couverture du réseau internet. En effet, le système a besoin d’avoir les données en temps réel. Ainsi, l’opérateur peut passer par un réseau satellite gratuit, à l’image de Centipede RTK, pour recevoir des corrections par des antennes au sol. Sinon, il peut avoir recours à un service d’opérateurs professionnels via un abonnement à l’année (entre 300 et 600 euros). Vantage AM propose la vente du tracteur autonome et équipé de la marque Landini de 72 chevaux pour environ 116 000 euros contre 65 000 euros pour le système seul à installer sur son véhicule. Les services annuels de mises à jour de la technologie se chiffrent autour de mille euros par an. n

M.E.

Axel Rabourdin, chargé de développement commercial à Agriconnect, a présenté un capteur qui permet de faire de la cartographie dans les vergers de pommiers et de poiriers. « Il permet de faire différents types de cartes de floraison : pour venir moduler l’éclaircissage des cartes "petits fruits " pour adapter l’éclaircissage manuel et des cartes "plus gros fruits" pour faire de l’estimation de rendement. Le système offre en moyenne quinze pourcents de gain de rendement. Comme ce sont des périodes assez speeds, on peut tout faire vite et bien. C’est aussi utile pour optimiser l’éclaircissage chimique et gagner sur l’éclaircissage manuel. Sur tous les essais depuis 2017, on a calculé vingt pourcents de gain sur l’éclaircissage manuel. Pour les arboriculteurs, c’est une sécurisation de la décision à la stratégie d’éclaircissage. » Le capteur, au prix de 15 000 euros hors service de cartographie, aurait un taux de réussite de près de 90 %. Les cartographies de ce capteur peuvent être intégrées à la console Go Track.