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DIVERSIFICATION

La Ferme de Belle Terre, de défi en défi

A Chantemerle-lès-Grignan, Alexandre et Maïté Greyfie de Bellecombe sont à la tête de la Ferme de Belle Terre, une exploitation diversifiée conduite en agriculture biologique.

Par Amandine Priolet
La Ferme de Belle Terre, de défi en défi
@AP-AD26
Victor Morlihat (apprenti) aux côtés d’Alexandre et Maïthé Greyfie de Bellecombe, exploitant et conjointe collaboratrice au sein de La Ferme de Belle Terre.

Créée en 2011 par Alexandre Greyfie de Bellecombe sur les terres familiales de Chantemerle-lès-Grignan, La Ferme de Belle Terre a toujours mis un point d’honneur à cultiver des fruits et légumes. « Participer à l’alimentation de la population – la base de notre société - a un réel sens pour moi », explique-t-il. Mais à peine trois ans après son installation, le néo-agriculteur (titulaire du BPREA arbo-viti en 2010 après des études en commerce international, ndlr) constate la dégradation de ses sols. « En deux ans, j’ai créé des déséquilibres en cascade dans mes sols. Je n’étais pas fier d’utiliser des produits sur lesquels figuraient des têtes de mort… C’est pourquoi j’ai pris la décision de passer mes terres en bio dès 2014 »
S’il produit 70 % de légumes d’été (tomates anciennes, courgettes, concombres, aubergines, poivrons, melons, etc.), il propose aussi en hiver courges, cébettes, mescluns et autres salades. Au total, ce ne sont pas moins de soixante-dix variétés de légumes différents qu’il cultive sur un hectare (dont 600 m² de serre). « Depuis le passage en agriculture biologique, j’ai fait le choix de la vente en circuits courts. J’ai longtemps tenu un stand à La Garde-Adhémar que j’ai fini par céder pour me consacrer aux champs. Nous vendons désormais nos produits au marché de Grignan le mardi, dans des épiceries locales du coin ou encore à l’AMAP de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Nous aimerions encore trouver un ou deux autres débouchés », signale Alexandre Greyfie de Bellecombe. Un marché à la ferme est également proposé depuis ce printemps 2025 (lire par ailleurs). 

Une activité boulangère en pleine croissance

L’exploitation a pris un nouveau tournant en 2016 lorsque Maïthé, son épouse, est arrivée. « A la base, j’étais chimiste spécialisée dans le parfum. J’avais en tête de faire une reconversion, mais je n’avais pas encore défini mon projet. J’ai multiplié les expériences et j’ai eu l’occasion de découvrir le métier de paysan boulanger. Cela m’a beaucoup plu. Je retrouvais l’ambiance du laboratoire de parfumerie, les gestes, le matériel spécialisé, etc. ». Hasard ou pas, La Ferme de Belle Terre disposait déjà d’un four ancien datant du XVIIIe siècle. « On s’est finalement lancés assez rapidement, d’abord en allant acheter le blé au moulin, puis en le cultivant directement sur nos terres, en lieu et place des lavandes ». 
Très vite, le projet prend de l’ampleur et les installations deviennent trop petites. « En 2020, nous avons organisé un crowdfounding « Du grain au pain » pour obtenir des fonds nécessaires à la création d’un nouvel espace fournil et minoterie et ainsi être en capacité de répondre à la demande locale grandissante. Grâce au soutien de nos familles, amis et clients, nous avons réuni 19 000 €. Nous disposons désormais d’un four à bois d’une capacité de 80 kg de pain environ, que nous faisons fonctionner grâce aux bois morts récupérés de part et d’autre sur la ferme », se réjouit Maïthé Greyfie de Bellecombe. Depuis, le couple réalise jusqu’à trois fournées par semaine, ce qui représente environ 160 kg de pains. Des pains confectionnés et cuits sur la ferme au feu de bois, à base de céréales cultivées par l'exploitant directement. « Alexandre se consacre de plus en plus aux céréales : mélange de blé ancien, petit épeautre, grand épeautre, seigle, etc. Cela me permet de diversifier la gamme », prévient la boulangère. Passionné par la production de légumes, Alexandre Greyfie de Bellecombe doit pourtant se résoudre à ralentir l’atelier maraîchage, notamment pour retrouver un équilibre de vie avec leurs deux jeunes enfants. « L’accroissement de l’activité pain – et les besoins en céréales – m’oblige aussi à me concentrer dessus. A terme, nous allons malgré tout garder quelques cultures maraîchères principales », avoue-t-il.

La valeur de la transmission

Depuis quelques mois, le couple s’est lancé un nouveau défi : « Nous avons toujours besoin d’aide en saison, mais cela nous intéressait de voir ce que la présence d’un apprenti sur une année complète pouvait nous apporter. Nous avons toujours eu un volet transmission sur la ferme, au travers de stagiaires, de woofers, etc. Nous avons à cœur de transmettre notre savoir-faire, nos valeurs, etc. C’est la première fois que nous accueillons un apprenti et nous en sommes ravis. Nous continuerons au fil des années, à condition de bénéficier des subventions pour répondre à notre modèle économique », indique Alexandre Greyfie de Bellecombe. De ce fait, Victor Morlihat – en licence professionnelle « agronomie, transition agroécologique des territoires » à l’Université d’Avignon -, les a rejoint en septembre dernier. Il poursuivra ses études par une école d’ingénieur à Purpan (Toulouse) avant de concrétiser son projet d’installation en maraîchage.

Amandine Priolet

Favoriser la biodiversité

Dans le cadre du projet France Relance, les exploitants de La Ferme de Belle Terre ont initié, en 2021, un chantier de plantation de haies. « Nous avons créé une haie de 250 m de longueur, avec 25 essences comestibles (petits fruits sauvages) », souligne Alexandre Greyfie de Bellecombe. Par ailleurs, le couple va bénéficier de la compensation écologique de la plateforme logistique de l’enseigne Lidl à Donzère. « Après un diagnostic de notre exploitation, la ligue de protection des oiseaux (LPO) – en charge du projet -, va nous permettre de planter 400 m de haies supplémentaires autour de nos parcelles dès l’hiver 2025-2026. Ces haies auront pour objectif de préserver la nidification de toute sorte d’oiseaux », poursuit-il.

A. P.

L'info en plus

La Ferme de Belle Terre organise son marché hebdomadaire les mardis de 17h à 18h30, directement sur l’exploitation située route de Réauville à Chantemerle-Lès-Grignan. Les clients peuvent y trouver fruits et légumes, pains au levain, confitures, sauces tomates, etc.

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70 variétés de légumes sont cultivées sous serres et en plein champ par le maraîcher, attaché à participer à l’alimentation de la population.
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La paysanne-boulangère propose une gamme de sept pains différents, confectionnés à partir de céréales cultivées sur les terres en agriculture biologique.
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Maïthé Greyfie De Bellecombe a rajouté l’atelier « boulangerie » sur l’exploitation déjà diversifiée de son mari en 2016.
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