Pour abreuver leurs animaux, ces éleveurs envisagent l’eau de pluie
Valence Romans eau a organisé avec les associations Agribiodrôme et l’Adem ainsi que La Chambre d’agriculture de la Drôme une journée technique sur la récupération des eaux « hors système » d’élevage, lundi 17 novembre à la Ferme des Volonteux à Beaumont-lès-Valence.
Afin de mener à bien leur activité d’élevage, les Drômois projettent de stocker l’eau. Les besoins divergent mais se rejoignent : « Je récupère déjà de l’eau de pluie mais j’aimerais augmenter mon volume », a indiqué un éleveur bovin de Combovin. « L’été notre source n’est pas suffisante, je manque d’eau. Je vais construire un hangar et j’aimerais stocker l’eau peut-être avec des citernes », a mis en avant une éleveuse de chevaux d’Aouste-sur-Sye. « Nous utilisons beaucoup d’eau l’été pour le lavage et la brumisation. Je souhaiterais en savoir plus sur la récupération des eaux fluviales, surtout sur l’aspect sanitaire », a expliqué une éleveuse de volailles basée à Eymeux.
Des besoins différents
Avant de rentrer dans le vif du sujet et les aménagements possibles, Christel Nayet de la Chambre d’agriculture de la Drôme et Pierre Pellissier d’Agribiodrôme, ont rappelé quelques bases. En système lait, les trois-quarts de l’eau sont utilisés pour l’abreuvement et près d’un quart pour le bloc de traite.
En système monogastrique viande, 82 % sont utilisés pour l’abreuvement, 13 % pour le lavage et 5 % pour la brumisation. Les intervenants ont rappelé qu’au-dessus de 1 000 m³ de prélèvement dans une nappe souterraine, il fallait déclarer sa consommation à la Direction départementale territoriale (DDT). Pour le prélèvement dans les cours d’eau, une autorisation est nécessaire au-delà de 400 m³. À noter, les zones de restriction en eau ont des contraintes supplémentaires. Ils ont aussi précisé que ce volume d’eau répond aux besoins d’un élevage de 8 000 à 10 000 volailles ou près de 650 brebis. Des compteurs peuvent être installés pour connaître l’eau consommée par ses animaux. « Une brebis consomme en moyenne quatre litres d’eau par jour. Si vous constatez qu’elle consomme moins, cela peut être un problème de courants parasites d’abreuvoir. Utilisez un voltmètre afin de voir s’il y a un rapport avec l’électricité », a proposé Marie Cabrol, de la Chambre d’agriculture.
Vigilance sanitaire
Les intervenants ont donné quelques recommandations pour s’assurer de la qualité de l’eau récupérée. Les éleveurs sont invités à surveiller le PH de l’eau mais aussi les niveaux de fer, de cuivre, de zinc, de magnésium, les nitrites, nitrates, les bactéries E.Coli et les entérocoques… « Le nitrate peut causer des problèmes d’infertilité ou d’avortement », a précisé Christel Nayet. Pour les bovins, il est recommandé de ne pas dépasser 130 mg/l. « L’algue bleu ou verte, dûe à un problème de stockage et à la stagnance, peut quant à elle entraîner des troubles nerveux », a aussi précisé la conseillère élevages.
Manon Basset, technicienne à l’Adem a montré les intérêts de l’impluvium. « Si nous travaillons essentiellement sur les Alpes, il nous arrive de plus en plus de conseiller des éleveurs en plaine », a-t-elle déclaré. ©ME-AD26
Les intervenants ont recommandé de réaliser des analyses sur la qualité de l’eau deux ou trois fois la première année pour des forages ou des puits, puis tous les trois ans. Toutefois, l’analyse bactériologique devrait être faite une fois par an. Comptez entre 150 et 180 euros l’analyse complète. Pour l’élevage de volailles, une réglementation stricte accompagne le traitement de l’eau. Les conseillers ont aussi préconisé de bien entretenir ses tuyauteries pour éviter le biofilm et les dépôts de calcaire.
Des aménagements pour stocker l’eau
Zoom sur le traitement de l’eau aux ultra-violets. Si cette méthode a un coût relativement raisonnable (1 700 euros pour 75 watts), elle demande un entretien régulier avec le changement des lampes toutes les 9 000 heures en moyenne. De plus, elle doit être complétée d’un filtre à charbon et sable (de 600 à 2 000 euros) si l’eau est stockée. La désinfection de l’eau par électrolyse a aussi été mise en avant. Un technologie performante et qui demande peu d’entretien mais qui coûte entre 12 000 et 25 000 euros. Enfin, pour doser les produits de traitement de l’eau, l’achat d’une pompe doseuse a été recommandée (de 400 à 2 000 euros).
Cette journée, co-financée par l’Agence de l’eau Rhône Méditérannée-Corse et Valence Romans agglo, a été réalisée à la Ferme des Volonteux. Pour l’occasion, David Gallet a présenté le modèle de cette coopérative d'activité et d'emploi (CAE) qui regroupe huit associés entrepreneurs et dix-huit salariés. Sur 32 hectares, les agriculteurs mènent des activités maraîchères, arboricoles, de paysans-boulangers… Sans oublier les parties boutique et le tiers-lieu. ©ME-AD26
Morgan Giraud, conseiller à la Chambre d’agriculture a suggéré aux participants d’éviter la récupération d’eau de pluie sur des toitures amiantées ou recouvertes de peinture de plomb. Il a aussi rappelé que « l’eau des premières pluies n’est pas la meilleure car elle lave le toit. L’achat d’un disconnecteur permet de ne pas conserver l’eau infestée ». À ses côtés, Manon Basset, technicienne à l’Adem a montré les intérêts de l’impluvium. Elle a recommandé de prêter attention à l’évaporation de l’eau et exposé quelques systèmes anti-évaporation expérimentés dans les Baronnies tels que des modules flottants ou des filets anti-évaporation. La technicienne a conseillé d’enterrer l’impluvium à soixante de profondeur pour garder l’eau de meilleure qualité. Enfin, des intervenants ont détaillé les avantages des cuves plastiques, accessibles mais peu résistantes à la chaleur et des risques de stagnance, des cuves en acier ou en inox plus onéreuses mais plus « fiables et durables », des cuves en béton, de plus grande capacité mais fissurables, et enfin des cuves souples, habituellement utilisées pour les incendies.
Les aides financières
Le dispositif 201 « Investir pour mon exploitation d'élevage » du programme régional Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) 2023-2027 propose une aide pour financer les projets de « bâtiments d’élevage ainsi que leurs équipements, l’abreuvement, l’accès au pâturage et la mécanisation en zone de montagne ». Les dossiers déposés mais incomplets à la date du 30 novembre 2025 inclus ne seront pas retenus. FEADER propose aussi, sous conditions aux exploitations agricoles d'élevage d'herbivores, une aide pour « Optimiser l'usage de l'eau en élevage » via : le prélèvement d'eau, le stockage de l’eau, l'abreuvement au pâturage, l'alimentation en eau hors réseau d’eau potable des bâtiments d'élevage et l'installation de compteurs d'eau. Le dispositif 302 peut aider financièrement à s’équiper en traitement de l’eau pour « Transformer et valoriser ses productions agricoles ». L’Adem propose quant à elle une aide pour les élevages en zone pastorale, adhérents à un collectif pastoral. Enfin, le Département de la Drôme propose une subvention dans le cadre du Plan départemental ovin notamment pour le traitement de l’eau. Elle peut aussi concerner les petits élevages valorisés en circuit-court de volailles, de porcs et de lapins.