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Diversification

Ferme des Riviers, la résilience se cultive

Maraîchers et paysans boulangers, Ludovic et Sandrine Devise ont créé la ferme des Riviers en 2018 à Châteauneuf-de-Galaure.

Par M.E.
Ferme des Riviers, la résilience se cultive
©ME-AD26
Le couple produit des fruits et légumes sur deux hectares, du blé tendre sur cinq hectares et possède trois hectares de prairies permanentes et tournantes.

La passion de la terre, Ludovic et Sandrine Devise la partagent depuis de longues années. Avant de monter leur ferme, le couple pratiquait l’élevage de volailles et le maraîchage pour se nourrir. En 2018, ils ont sauté le pas avec la création de la ferme des Riviers. Les exploitants agricole produisent des fruits et légumes sur deux hectares, du blé tendre sur cinq hectares et possède trois hectares de prairies permanentes et tournantes. « Nous souhaitions développer une production diversifiée afin de proposer la plus grande gamme de produits possible, témoignent Ludovic et Sandrine Devise. Nous avons fait le choix de convertir nos terrains en agriculture biologique et de produire tout en restructurant les sols ».

Accepter la perte 

Installés depuis 2013 à Châteauneuf-de-Galaure, Ludovic et Sandrine Devise ont changé de vie. Lui a troqué son poste de salarié en entreprise de paysagisme pour devenir chef d’exploitation et elle, ancienne aide à domicile, a adopté le statut de conjointe collaboratrice. Épaulé par France travail et par la Chambre des commerces et de l’industrie, Ludovic Devise a suivi des formations de paysan boulanger et en maraîchage biologique au Valentin et des stages dans des entreprises spécialisées. À leur installation, ils ont acquis des terrains autour de la ferme vendus par un agriculteur qui partait à la retraite. L’ensemble de leur projet agricole a été auto-financé. Pour l’activité maraîchère, ils ont investi dans des serres d’une superficie totale de 1 000 m². Depuis 2021, leur production est certifiée en agriculture biologique. Sans recours aux produits chimiques, ils doivent notamment faire face aux invasions de limaces. « Il n’existe pas grand-chose d’efficace. Même les granulés ne fonctionnent pas. Nous acceptons de perdre parfois de 10 à 20 % de la récolte. Cette perte est prévue dans notre production », se résigne Ludovic Devise.

Les adventices donnent aussi du fil à retordre aux agriculteurs. « Nous sommes peu mécanisés et nous ne pratiquons pas de labourage. Nous avons opté pour des faux-semis avec la volonté de ne pas abîmer la structure du sol », raconte le couple. En raison de leur sol de type argilo-limoneux, l’accès aux parcelles s’avère difficile lorsque la pluie inonde les champs. Raison pour laquelle, durant cette période, ils misent sur leurs serres. Une partie des fruits, envoyée dans un atelier de transformation isérois, sert à produire des jus.

Ludovic et Sandrine Devise ont opté pour un moulin de la marque drômoise Alma Pro. ©ME-AD26

Du blé au pain en passant par la bière

Le blé tendre représente la seconde activité principale de la ferme des Riviers. Pour lancer sa production, le couple a fait le tour de plusieurs paysans boulangers afin de trouver un mélange de variétés anciennes. Difficile pour eux de chiffrer leur rendement en céréales puisqu’ils n’interviennent pas sur les champs jusqu’à la récolte et n’utilisent pas d’engrais. Pour la transformation, Ludovic et Sandrine Devise ont opté pour un moulin de la marque drômoise Alma Pro. Ils réalisent ainsi différentes sortes de pain ainsi que des pizzas et des viennoiseries au four à bois. Depuis 2018, une partie de la récolte permet aussi de produire de la bière.

Afin de répondre à la demande de leur clientèle, les agriculteurs élèvent aussi 75 poules pondeuses. La commercialisation de l’ensemble de la production se déroule à la ferme le vendredi ou sur le marché de Châteauneuf-de-Galaure le samedi. Le couple a aussi créé un site internet afin que ses clients puissent commander des denrées à récupérer durant la semaine sur la ferme. À travers la vente en directe, les agriculteurs remplissent un critère qui leur est précieux : être au plus près de leur client et nourrir le territoire. Cerise sur le gâteau, dès cet été le couple accueille son fils, en CAP métiers de l’agriculture au lycée Terres d’horizon à Romans-sur-Isère, en apprentissage sur la ferme.

M.E.

Agroécologie

Transformer les inconvénients en atouts

 Le couple d’agriculteurs multiplie les projets afin de devenir plus résilient face aux problématiques de manque d’eau et d’optimiser la régénération des sols.

Transformer les inconvénients en atouts
©ME-AD26
Les mares permettent d’humidifier les sols des parcelles et de ramener de la biodiversité sur la ferme.

 

Pour Ludovic et Sandrine Devise, être en agriculture biologique ne suffit pas. Les agriculteurs se remontent les manches pour transformer les inconvénients de leurs terrains en atouts. Depuis l’année dernière, ils sont engagés dans différents projets. 

L’hydrologie régénérative

Le couple expérimente l’hydrologie régénérative avec l’appui de la communauté de communes Porte de DrômArdèche, de la Compagnie Nationale du Rhône, de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse et du Syndicat intercommunal d’eau potable Valloire Galaure. Après une étude de leurs sols et la mise en évidence de problématiques tels que le ruissellement ou l’érosion, Ludovic et Sandrine Devise ont suivi une formation dispensée par le bureau d’étude spécialisé en hydrologie régénérative, Permalab, basé à Crest. « Nous avons appris comment fonctionne le cycle de l’eau, comment conserver l’eau et en faire un atout », expliquent-ils. Ainsi, la ferme devrait installer plusieurs mares, fossés et haies pour optimiser l’humidité de son sol et favoriser le développement de la biodiversité. 

Si la ferme des Riviers dispose d’une source naturelle, cette dernière ne permet qu’un arrosage « très limité » selon les exploitants agricoles qui ont recours au système de goutte à goutte dans les serres et au paillage dans les champs. « L’avantage de notre sol argileux, c’est que pour construire de mares, nous n’avons pas besoin de feutre. Nous stockons plus facilement », rapportent Ludovic et Sandrine Devise. Avec ce projet, les agriculteurs bénéficient d’un dédommagement financier pour le temps passé sur leurs aménagements. En parallèle, le couple s’est doté cette année d’un cultivateur d’humus afin de créer « un sol forestier pour obtenir une meilleure porosité ». 

Le blé tendre représente la seconde activité principale de la ferme des Riviers. ©ME-AD26

Rééquilibrer le sol 

Un diagnostic de sol réalisé par Agribiodrôme en avril 2024, avait révélé une acidification du sol importante et la présence d’aluminium dans le sol de la ferme. L’association a préconisé « un apport massif de carbonate sous forme grossière afin d’assurer un relargage progressif et pérenne par l’action des microorganismes du sol et de limiter le lessivage ». En octobre, la ferme des Riviers a donc reçu l’organisme ainsi que son partenaire, le Syndicat Intercommunal d'Eau Potable (SIEP) Valloire-Galaure, pour une démonstration d’épandage de sable calcaire concassé issu de carrière (0-4 mm) par épandeur à plateau. À la suite de cette intervention, Agribiodrom a publié sur son site une fiche technique pour « aider les agriculteurs à identifier l’état calcique de leur sol et apporter des solutions technico-économiques pour le rééquilibrer ». De leur côté, Ludovic et Sandrine Devise reçoivent un technicien chaque mois afin de contrôler le taux d’acidité. Pour améliorer la qualité de leur sol, ils utilisent un hectare pour faire pousser des couverts végétaux sur deux ans et ainsi « ramener de l’azote et de la matière organique ». Enfin, actuellement, un hectare est dédié à un essai de production de semences de féverole afin de produire leurs propres couverts végétaux. 

M.E.