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Colère des agriculteurs

Une rentrée agricole sous tension

Alors que les syndicats agricoles sont reçus à Matignon par le Premier ministre, ce dernier a tenté de déminer le terrain en publiant une lettre ouverte. La FNSEA et Jeunes agriculteurs ont appelé à la mobilisation. Dans la Drôme, plusieurs actions sont en cours.

Une rentrée agricole sous tension
©FB-JA26
Avant Noël, des agriculteurs s'étaient déjà mobilisés pour les mêmes revendications.

La trêve des confiseurs est terminée et les syndicats agricoles, FNSEA et Jeunes Agriculteurs en tête sont bien déterminés à mettre encore plus la pression sur le Gouvernement. Loin d’apaiser les tensions, la lettre ouverte que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a adressée le dimanche 4 janvier au soir, a plutôt ravivé quelques plaies encore à vif. Sur un ton de transparence et de sincérité, il veut « mettre fin aux deux poids deux mesures » qui pénalisent depuis des années l’agriculture française, en rappelant notamment toutes les actions menées par son gouvernement et les précédents, notamment sous l’autorité de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, en place depuis septembre 2024.

Celle-ci a d’ailleurs annoncé sur son compte X et sur CNews le 4 janvier « interdire les denrées alimentaires qui comportent des résidus de substances interdites dans l’Union européenne. Nous ne pouvons plus accepter cette injustice envers nos agriculteurs. », a-t-elle déclaré, se faisant l’écho de la lettre ouverte du Premier ministre : « C’est une concurrence déloyale, une injustice économique et un problème pour la santé de nos consommateurs. Des arrêtés vont être pris par le Gouvernement cette semaine pour suspendre à l’importation des denrées venant de pays d’Amérique du Sud comme les avocats ou les pommes contenant des résidus de cinq substances pourtant déjà interdites en Europe », précise cette lettre ouverte.

Sébastien Lecornu qui estime que le temps est venu « de sortir de l’idéologie, de toutes les idéologies » pour « revenir au terrain » s’engage à bannir les surtranspositions, à simplifier les règles européennes et à fournir un travail « politique » qui « ne sera pas technocratique ».

Une loi d’exception agricole

Cette volonté d’être « plus ferme » et « plus offensif » n’a pas convaincu la FNSEA ni Jeunes Agriculteurs qui semblent las des vaines paroles et qui veulent surtout des actes. Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a donné le ton le 4 janvier sur CNews en appelant à la mobilisation les 5 et 6 janvier avant la rencontre avec Sébastien Lecornu prévue le mardi 6 janvier à 17h30. « Ni la lettre que le Premier ministre vient d’adresser à la presse ce soir, ni les annonces de la ministre de ce matin dans La Tribune puis sur CNews ne permettent d’apporter les réponses concrètes aux problématiques de revenus des agriculteurs », indiquait le service de presse de la FNSEA. Pis, le syndicat majoritaire fustige « les grands plans annoncés » qui « sont restés lettres mortes. Les décrets attendus n’arrivent pas, les projets stagnent, et nos jeunes perdent espoir. »

« Cette absence de vision est mortifère. Elle condamne nos exploitations, nos territoires, et notre capacité à nourrir la Nation », ajoute la FNSEA qui a dévoilé les grandes lignes de son entretien avec le chef du gouvernement : « Nos demandes sont claires : ⁠Les conditions d’un retour à un revenu décent ; Lever les freins qui étouffent la production : Mercosur, MACF, eau, phytosanitaires, investissements pour l’adaptation climatique. Simplifier nos conditions de travail et mettre fin aux contrôles absurdes. Pour cela, nous demanderons une loi d’exception agricole, à l’image de celle votée pour la reconstruction de Notre-Dame : une loi pour briser les verrous réglementaires et relancer la production. », a fait savoir le syndicat agricole. Arnaud Rousseau a insisté sur le danger que constituerait la signature du Mercosur : « une déflagration », a-t-il affirmé sur CNews. 

Christophe Soulard

Dans la Drôme, plusieurs actions

Dans la Drôme, plusieurs actions
©FB-JATain
Ce lundi 5 janvier, les manifestants ont fermé la sortie de l’autoroute A7 à Tain-l’Hermitage "pour une durée indéterminée", précisent-ils.

 

Les agriculteurs de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs de la Drôme se mobilisent ce lundi 5 janvier à partir de midi. Deux rassemblement sont prévus : - au rond-point de la sortie A7 de Tain-l’Hermitage;
- au plateau de Lautagne à Valence puis à la sortie A7 de Valence-Sud.

Sous le mot d’ordre « Stop à l’enfumage », ils dénoncent : le Mercosur, la taxe MACF, la crise viticole, le manque d’accès à l’eau, les inquiétudes liées à la PAC 2027, ainsi que le mal-être agricole et la crise générale des filières.

Les organisateurs annoncent que les mobilisations seront reconductibles, soulignant la détermination des agriculteurs à se faire entendre face à des difficultés jugées structurelles et préoccupantes.

« Nous ne lâcherons rien », affirme l’un des référents de la mobilisation, illustrant la gravité du contexte agricole actuel.

La ministre de l'Agriculture appelle à la «désescalade», avant les rendez-vous à Matignon

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a de nouveau appelé le 3 janvier à la "désescalade", dans un entretien à la Tribune Dimanche, alors que les syndicats agricoles, qui rencontreront le Premier ministre lundi et mardi, veulent relancer la mobilisation face notamment à la crise de la dermatose bovine. La ministre déclare que les syndicats "préciseront leurs attentes ces prochains jours".

Matignon a fait de premières annonces ce dimanche, et en réserve "tout au long du mois de janvier". Une réunion de ministres sur l'agriculture sera présidée par Sébastien Lecornu ce mardi 6 janvier. "Il faut vraiment opérer une désescalade de la violence, cesser les blocages, et cela est la responsabilité des organisations syndicales", déclare Annie Genevard, appelant à sanctionner violences et dégradations, "œuvre d’une minorité".

Interrogée sur le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne entré en vigueur le 1er janvier, qui pourait renchérir le coût des engrais azotés, la ministre assure avoir "déjà agi pour réduire la facture de plus de moitié". "Mais le coût reste tout de même de 4.000 euros par an par exploitation. Nous voulons un coût zéro pour nos agriculteurs", ajoute-t-elle. Elle a indiqué que le Premier ministre Sébastien Lecornu a écrit à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à ce sujet et qu’elle entend rallier d’autres pays européens pour "exiger un report ou une suspension du mécanisme pour les engrais".