Au Domaine de Beausseret, l’économie circulaire passe par les fruits et légumes
Depuis plus de trente ans, le Domaine de Beausseret transforme les fruits et légumes de producteurs situés à moins de 50 kilomètres de Montélimar.
À la sortie de Montélimar, à deux pas du groupement hospitalier Portes de Provence, s’étend le site de Drôme Insertion. Créée en 1991 par le conseil départemental de la Drôme, l’association accompagne une soixantaine de personnes par an afin de faciliter leur retour à l’emploi. Les employés sont répartis sur trois chantiers d’insertion : Di services, pour la réalisation d’entretien de locaux ainsi que le lavage et le repassage de linge ; la brigade verte qui réalise l’entretien de berges, d’espaces verts et de rivières ; et enfin le Domaine de Beausseret, atelier agroalimentaire de transformation de fruits et de légumes locaux. « Les chantiers sont une étape dans le parcours d’insertion et le retour vers l’emploi. Ces missions permettent de lever les freins sociaux », explique Siegfried Cheilletz, directeur de Drôme insertion.
Des ateliers féminins
Le Domaine de Beausseret regroupe six salariées en contrat d’insertion d’une durée de quatre mois renouvelables. « Historiquement, les ateliers de la banque vestimentaire et d’agroalimentaire sont féminins. Cela part d’un constat. Les femmes auraient plus de mal à trouver un emploi sur le territoire », rapporte Marie-Claude Navarro, encadrante technique et responsable de l’atelier du Domaine de Beausseret depuis dix ans. Cette dernière connaît bien l’évolution de cette activité et le rôle de Drôme Insertion. « J’ai toujours rêvé de travailler dans le social et en cuisine, rapporte-t-elle. La vie a fait que j’ai eu trois enfants, que j’étais au RSA et c’est la Mission locale qui m’a orientée vers l’association. J’ai été en contrat d’insertion plusieurs mois avant d’être recrutée en tant que responsable en 2015. Je suis la preuve que c’est possible de s’en sortir ».
Le Domaine de Beausseret élabore six à huit parfums de compotes différents. ©ME-AD26
Transformer des produits locaux
Historiquement, l’atelier fabriquait des compotes de pommes conditionnées en boite de conserve et distribuées par le biais de la Banque alimentaire de Valence. « La collaboration s’est arrêtée et nous avons dû repenser notre modèle. Nous avons d’abord fait du travail à façon avant de repartir sur la transformation, rapporte la responsable. Nous nous sommes mis aux bocaux et nous nous sommes diversifiés ». Depuis 2017, l’association achète ou récupère des surplus ou des invendus agricoles afin de commercialiser ses productions sous la marque du Domaine de Beausseret. La vente se déroule dans un magasin à Montélimar, sur les marchés et dans des manifestations. Depuis deux ans, les clients peuvent aussi acheter les produits via un système de click and collect. L’association mise notamment sur les collectivités pour développer son activité. Le collège de Dieulefit a d’ailleurs déjà passé commande grâce au réseau Agrilocal. L’atelier travaille avec des agriculteurs qui apportent la matière première en bio ou en conventionnel sur le site et qui paient la transformation sous forme de prestation. Une quinzaine de producteurs sont déjà passés par le service.
Un atelier dernier cri
Depuis 2022, l’atelier de transformation du Domaine de Beausseret a fait peau neuve : chambre froide, salle de parage, auto-centrifugeuse, broyeuse, salle de cuisson et autoclave. Les produits nécessitent de deux à trois semaines de surveillance avant de passer dans un laboratoire spécialisé. « Depuis le nouvel atelier, nous avons moins de demandes d’agriculteurs. Nous pouvons penser que cela est dû à l’augmentation de nos prix en raison du coût de notre nouvel équipement mais peut-être aussi à la baisse de rendement des producteurs, au changement climatique et au changement de pratiques avec moins de gaspillage », analysent Marie-Claude Navarro et Siegfried Cheilletz. Pour faire évoluer son offre, l’atelier s’est lancé dans la transformation de pois chiche et d’oignons et va prochainement essayer les lentilles. L’organisme s’est aussi rapproché de l’association Valeurs locales en Drôme-Ardèche pour proposer des colis aux entreprises et aux collectivités en fin d’année.
Les produits nécessitent de deux à trois semaines de surveillance avant de passer dans un laboratoire spécialisé. ©ME-AD26
Fin juin, Grégory Chardon, agriculteur à l’EARL Les Flouris dans la Drôme, a fait appel à l’association Solaal Auvergne-Rhône-Alpes pour organiser un glanage solidaire sur son verger de pêches (voir notre édition du 17 juillet). Drôme insertion a répondu à l’appel de Solaal et a glané plusieurs centaines de kilos de fruits. « Nous avons la possibilité de récupérer jusqu’à 500 kilos de produits, précise la responsable de l’atelier de transformation. Nous sommes limités par les saisons. L’hiver, c’est assez calme. Nous espérons qu’avec les légumineuses notre activité s’étale sur toute l’année. En attendant, nous avons monté une activité de récupération de papiers au sein des entreprises ».
Siegfried Cheilletz, président de Drôme Insertion. ©ME-AD26
Actuellement, le Domaine de Beausseret élabore six à huit parfums de compotes différents. En 2024, ont été transformées environ six tonnes de produits de mai à octobre. Le volume pourrait toutefois monter jusqu’à 25 tonnes. « Nous trouvons ce système vertueux avec des produits locaux, de la récupération, des bocaux consignés et des salariés accompagnés vers le retour à l’emploi. Nous sommes en plein dans l’économie circulaire. En plus, nous travaillons avec d‘autres partenaires de l’insertion telles que des ressourceries en Drôme et en Ardèche, estime Siegfried Cheilletz. Nous espérons parvenir à la rentabilité ».
Le témoignage de David Poncet

David Poncet, agriculteur à Châteauneuf-du-Rhône, connaît l’association depuis près de dix ans. ©ME-AD26
Installé depuis 1999 sur la ferme familiale à Châteauneuf-du-Rhône, David Poncet a repris l’exploitation de ses parents en 2010. Il produit des plants de vigne sur 60 hectares ainsi que des légumes de plein champ sur deux hectares. « Je suis déjà passé par l’atelier de transformation de Drôme insertion lorsque j’avais des surplus de production. J’avais pu faire des soupes et des coulis de tomates, raconte le producteur. Aujourd’hui, je suis davantage un fournisseur, notamment de tomates et de courgettes. C’est une fierté de commercialiser ma production en local ».