Collections fruitières : quand la recherche nourrit la solidarité
Après la liquidation de la station expérimentale de la Sefra, à Étoile-sur-Rhône, plusieurs tonnes de pêches et d’abricots ont pu être glanées tout en respectant les protocoles expérimentaux.
La fermeture soudaine de la Station expérimentale fruits d'Auvergne-Rhône-Alpes (Sefra) a pris de court ses membres, au seuil de la saison des récoltes d'abricots et de pêches. Consciente de l'importance des vergers de collections variétales de la Sefra pour la filière fruitière locale, la chambre d'agriculture de la Drôme a réagi rapidement en récupérant les parcelles et en recrutant trois des anciens piliers de la station : les deux chargés d’expérimentation : Christophe Chamet pour l'abricot et Camille Micheli pour la pêche ; et le chef d’exploitation, Nicolas Desfonds. Leur mission avec la chambre d’agriculture : éviter que l’arrêt brutal de la structure ne compromette des années de recherche et préserver, autant que possible, la richesse unique des collections variétales de pêche et d’abricot. Restait un problème très concret : qui allait ramasser les fruits, sachant qu'il manquait les ouvriers et les stagiaires habituellement présents.
Une solution d'urgence
Valoriser les fruits des collections de la Sefra a toujours été une préoccupation. Mais cela n'a jamais été simple, notamment en raison de la multitude des variétés présentes (cent-cinquante en pêches, une centaine en abricots). Jusqu’alors, la récolte reposait sur le personnel permanent, épaulé par des stagiaires issus des écoles d'agriculture. Les fruits cueillis (échantillons) était étudiés par les chargés d'expérimentation : rendement des arbres par variété, qualité visuelle épiderme, coloration...) et gustative des fruits (taux de sucre, arômes…). Une fois la récolte analysée, des associations d'aide alimentaire venaient récupérer cette dernière au hangar de la station expérimentale.
« Lorsque nous avons appris que la Sefra allait être liquidée, nous avons dû imaginer une solution d'urgence, explique Camille Micheli. Faute de personnel pour assurer la cueillette, l'idée de faire appel au glanage s'est avérée être une solution intéressante. »
Concilier glanage et rigueur scientifique
Habituée à collaborer avec l’association valentinoise L’Accueillette, Camille Micheli a rapidement sollicité son aide. « Grâce à elle, nous avons pu établir des liens avec quatre autres associations (voir encadré), détaille-t-elle. Cela nous a permis d’organiser deux séances de glanage par semaine durant juillet et août, détaille-t-elle. Leur implication a permis non seulement de valoriser une production précieuse, mais aussi de renforcer les liens entre agriculture, solidarité et alimentation durable. » En outre, la chambre d’agriculture de la Drôme a pu compter sur le soutien de deux stagiaires particulièrement investis, Laurine Menu et Loan Benezet.
Afin de concilier glanage et rigueur scientifique, un dispositif précis a été mis en place. « Les variétés à récolter étaient marquées la veille ou le matin de chaque glanage, avec des codes couleurs au pied des arbres pour indiquer s'il fallait prendre tous les fruits ou seulement les plus mûrs, précise Camille Micheli. Au début de chaque glanage, nous prenions le temps d’expliquer à quoi servait le verger et pourquoi leur aide nous était précieuse. Ces échanges ont permis de faire un glanage plus sélectif pour respecter scrupuleusement nos protocoles expérimentaux et prendre en compte nos exigences, garantissant ainsi la continuité des travaux de recherche et de sélection variétale. Cela nous a permis d'obtenir des résultats fiables malgré un contexte compliqué. De plus, cela nous a permis de faire découvrir nos métiers au grand public. »
Ch. Ledoux
Un réseau associatif mobilisé
« L’Accueillette, notre premier contact, nous a permis de rencontrer l’ensemble des autres associations partenaires. Elle lutte contre le gaspillage alimentaire en valorisant les surplus agricoles locaux et en les redistribuant à ceux qui en ont besoin », explique Camille Micheli. Aujourd’hui, elle collabore avec 38 fermes et organise des glanages avec des bénévoles de tous âges, dont des habitants des quartiers prioritaires de Valence (Plan, Polygone, Fontbarlettes, Chamberlière). Les récoltes alimentent ensuite vingt structures sociales et d’aide alimentaire du bassin valentinois.
Les équipes de l’ex-Sefra et de la chambre d’agriculture expriment aussi leur gratitude envers le Centre social de Livron. « Jean et son équipe, toujours présents, sont venus glaner chaque semaine aux côtés de Laurine et Loan », souligne Camille Micheli. Les fruits ont ainsi rejoint les Restos du cœur, le Secours catholique, la Banque alimentaire et la Croix-Rouge.
Un autre acteur est intervenu, La passerelle des vallées, espace de vie sociale de la vallée de l’Eyrieux, qui s’engage à favoriser l’accès digne à une alimentation saine et locale pour toutes et tous, en soutenant les producteurs locaux. Ses glanages alimentent plus de 400 foyers et treize points de distribution, mais aussi une filière de bocaux solidaires proposés à prix libres.
Autre partenaire, Emmaüs Étoile. La communauté, qui loge et accompagne des personnes en précarité en leur offrant un travail solidaire, a pu approvisionner son réseau de bénévoles en pêches et abricots grâce aux dons de la chambre d’agriculture de la Drôme.
Enfin, L’Élabo de Paulette, restaurant solidaire d’Aouste-sur-Sye, a également participé. Son équipe cuisine des plats issus à 60 % de produits de récupération (supermarché local et une quinzaine de producteurs). Grâce à ce modèle, les repas sont proposés à prix différenciés (12 à 15 €), ou gratuits pour les plus précaires.