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Coopérative

Dans un contexte délicat, les céréaliers soutenus par leur coopérative

La Drômoise de céréales a organisé son assemblée générale lundi 8 décembre à Valence. Si la structure a dressé un bilan plutôt positif, le contexte économique que subissent les céréaliers noircit le tableau.

Par M.Eymin
Dans un contexte délicat, les céréaliers soutenus par leur coopérative
©CDC
« Même si la coopérative est puissante économiquement et gère bien ses comptes, il y a une grosse inquiétude pour l’avenir de la céréale française et des producteurs », a déclaré Lionel Eydant.

La coopérative Drômoise de céréales (CDC) parvient à se maintenir sur le marché en 2024-2025 et affiche un chiffre d’affaires en légère baisse (67,3 millions d’euros dus à la baisse de la valeur des céréales contre 72 millions d’euros l’année précédente). Toutefois, sur le terrain, « il y a une vraie morosité », a déclaré Jean-Charles Denis, directeur de la coopérative. « Nous sommes dans un contexte particulier avec des prix de production qui sont bas, un effet ciseau sur les charges et les coûts d’intrants liés notamment à la taxe sur le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF). Les agriculteurs ont de vraies inquiétudes sur la rentabilité économique de leur production », a-t-il résumé. Des propos largement appuyés par Lionel Eydant, président de la Drômoise de céréales, qui n’a pas mâché ses mots.

Un rapport moral alarmant

« Je vois nos agriculteurs désemparés, tristes et inquiets de voir leurs métiers disparaître avec tous leurs savoir-faire à cause d’une agriculture délaissée autant à l’échelle nationale qu’européenne. C’est toute une économie qui est en train de s’écrouler autour de nous. Demain, sans exploitations, il n’y aura plus de coopérative. Ça n’est pas pour autant que les citoyens n’auront plus à manger... Mais tout sera importé d’ailleurs, a rapporté Lionel Eydant. Nous ne gagnons plus nos vies avec les grandes cultures. Je pense que les producteurs vont tenter encore un an les céréales mais l’activité risque de s’arrêter car nous n’avons pas de roue de secours. Soit nous sommes soutenus et accompagnés, soit tout le monde met la clé sous la porte. Nous sommes accablés de charges, des prix de vente que nous ne maîtrisons pas, une nouvelle taxe sur les engrais, la hausse de l’électricité, le gaz... Tout augmente. Nous sommes très très inquiets. Nous nous sentons totalement délaissés. La société ne veut plus de nous, on le sent. La population agricole ne représente plus que 1,5 % de la population active française, il y a 20 000 hectares de SAU qui disparaissent chaque année sur le territoire national. »

Le président ne voit aucune ouverture, aucun moyen d’inverser la tendance. « Nous repartons dans la pluriactivité et tout le monde demande "que peut-on faire comme culture à valeur ajoutée ?". Malheureusement, nous n’avons rien à proposer en grandes cultures car plus rien ne fonctionne. Même si la coopérative est puissante économiquement et gère bien ses comptes, il y a une grosse inquiétude pour l’avenir de la céréale française et des producteurs », constate-t-il.

La coopérative se maintient

La collecte de la coopérative s’établit en 2024 à 233 000 tonnes, une « année à petits volumes », selon Jean-Charles Denis. L’année 2025 affiche une tendance à la progression car « nous allons dépasser les 250 000 tonnes ». Plusieurs facteurs expliquent cela : une collecte d’été de « très bonne facture » avec plus de 130 000 tonnes cet été dont 78 000 de blé. Cela est lié à un « assolement en hausse et à un rendement à niveau convenable. La collectée d’été s’est déroulée dans une moisson rapide, hormis quelques intempéries dans le Nord-Drôme, mettant à rude épreuve les capacités logistiques de la coopérative ». Le directeur de la CDC constate aussi que les taux de protéines sont en retrait sur le blé tendre et le blé dur. Selon Jean-Charles Denis, « nous sommes plutôt sur une année avec deux grilles de lecture en maïs » : les surfaces en sec (non irriguées) ont été très pénalisées par les épisodes de chaleur et la faible pluviométrie. À contrario, les surfaces irriguées ont affiché un beau potentiel.

La collecte de maïs est un « peu supérieure à nos attentes » avec 80 000 tonnes pour 2025 contre 84 000 en 2024. Enfin, ce dernier a rappelé que « les difficultés d’accès à l’eau sur le territoire ont provoqué en dix ans une baisse très conséquente de la sole de maïs. À titre de comparaison, la coopérative collectait 150 000 tonnes il y a dix ans ». Concernant la collecte des protéagineux, elle progresse en soja et en colza.

En 2025, la collecte bio a très légèrement évolué. Toutefois, « c’est un effet en trompe-l’œil car les surfaces ont nettement diminué. Heureusement, le rendement a compensé », a précisé Jean-Charles Denis. Le directeur de la Drômoise des céréales a tenu à souligner aux adhérents que « dans ce contexte délicat, la coopérative est la plus efficace possible et reste au service de ses adhérents. La structure travaille sur la maîtrise de ses charges le mieux possible et optimise au maximum la mise en marché. La coopérative a tous les moyens humains et économiques pour y parvenir ». 

Quelques éléments significatifs

Quelques éléments significatifs
En 2025, la CDC a cessé les réceptions au silo de Saint-Vallier. Le nouveau silo situé à Auberives-sur-Varèze (38) a réalisé cette année sa troisième collecte et poursuit sa progression. Concernant le projet de construction à Crest, « nous avons enfin obtenu des modifications sur le plan local urbanisme de la commune. Nous avons pu déposer notre permis de construire, a déclaré Jean-Charles Denis lors de la présentation du projet de silo. Nous espérons qu’il sera disponible pour la moisson de 2026 ou au plus tard en 2027. Nous avons mis l’accent sur un silo moderne, le plus efficace possible pour les producteurs. Il remplacera les sites existants et vieillissants à Crest. Il permettra d’optimiser à la fois les coûts d’exploitation de la coopérative et d’offrir aux adhérents un silo conforme à leur besoin ». Enfin, un projet de modernisation d’un site à Izaux (38) a aussi été présenté. Le silo devrait être fonctionnel pour la moisson 2026.