« Défendre nos fermes, c’est défendre l’avenir de la Drôme »
Vendredi 19 septembre, la Chambre d’agriculture de la Drôme s’est réunie en session à Bourg-lès-Valence. L’occasion pour son président, Jean-Pierre Royannez, d’accueillir la nouvelle préfète, Marie-Aimée Gaspari, et de lui présenter les réalités agricoles du département. Un panorama riche et contrasté, reflet d’une agriculture à la fois diverse et fragilisée.
« La Drôme est une petite France », a rappelé Jean-Pierre Royannez, en accueillant la nouvelle préfète au siège de la Chambre d'agriculture, le 19 septembre à Bourg-lès-Valence. Le président de l'établissement consulaire a souligné la diversité des productions et le poids du secteur agricole drômois : 1,1 milliard d'euros de chiffre d’affaires (ce qui en fait le leader régional), plus de 10 200 emplois (dont 1 700 permanents).
Mais cette richesse se heurte à un problème démographique : 50 % des exploitants ont plus de 50 ans et le renouvellement des générations n’est pas assuré, malgré une centaine d’installations par an. « Les jeunes ont besoin de visibilité, de stabilité réglementaire et de perspectives économiques », a insisté Royannez.
Des filières fragilisées
Depuis quatre ans, la situation économique s’est nettement dégradée. « Le Covid et la guerre en Ukraine ont marqué la fin d’un cycle de développement. Aujourd’hui, de plus en plus d’agriculteurs songent à arrêter », a prévenu Jean-Pierre Royannez. En guise d'indicateur, la cellule d’accompagnement « Rebondir » de la MSA : 402 exploitants accompagnés en 2023, 432 en 2024 et déjà 468 au premier semestre 2025, dont 40 % bénéficiaires du RSA.
Le président de la Chambre d'agriculture a dressé un panorama des filières en difficulté. La viticulture traverse une crise « sans précédent » dans le Diois et le sud de la vallée du Rhône, frappée par la baisse de consommation, la chute des prix et la réduction des rendements autorisés. L’arboriculture, deuxième filière du département, fait face aux aléas climatiques, aux difficultés de main-d’œuvre et à une concurrence féroce (Espagne, Amérique du Nord). Les grandes cultures et les semences souffrent du repli des marchés à l’Est et de prix du blé ou du maïs tombés en dessous des coûts de production. Quant à la lavande, emblème du Diois et des Baronnies, elle traverse une crise structurelle : « Avec des prix de 10 à 15 € le kilo pour un coût de revient autour de 20 à 23 €, la filière est à bout de souffle. »
L’élevage connaît lui un paradoxe. Si la filière volaille dispose d’atouts majeurs et d’une forte demande locale, des projets de bâtiments se retrouvent bloqués par des recours, comme à Peyrins. Les autres productions animales (bovin, ovin, caprin) bénéficient d’un prix un peu meilleur, mais restent menacées par le loup et la pression sanitaire. « Les éleveurs sont soumis à un stress permanent », a rappelé Jean-Pierre Royannez, appelant à assouplir les règles de tirs et à remobiliser les lieutenants de louveterie.
Sur le plan sanitaire, la vaccination contre la FCO a permis d’éviter une nouvelle crise cette année, mais l’épisode de DNC dans les Savoies, l'Ain et le Rhône rappelle que la vigilance doit rester collective.
Normes, climat, eau et PAC
La lourdeur des normes reste une préoccupation majeure. « La surenchère réglementaire doit cesser », a martelé Jean-Pierre Royannez, citant le cas de la PAC 2025 où une règle modifiée en plein été priverait 400 hectares d’aides, touchant 10 % des exploitants. Une motion a été adoptée (voir encadré).
La question climatique est aussi une source d'inquiétude. « Oui, il fait plus chaud, et il faut adapter nos cultures. Mais il pleut toujours autant, simplement pas au même moment », a fait remarquer Jean-Pierre Royannez. D’où l’urgence, selon lui, de moyens pour favoriser le stockage des pluies d’hiver et l’infiltration des eaux pour limiter les tensions estivales. Le rôle de l’ancien préfet dans la gestion de l’irrigation, l’été dernier, a été salué.
Enfin, le président de la Chambre d'agriculture a interpellé l’État sur l’avenir de la politique agricole commune (PAC), qui représente 61 millions d'euros de soutiens pour la Drôme. « Les premières annonces de Bruxelles sur la prochaine PAC nous font peur : baisse de 20 % du budget, disparition de la distinction entre les piliers… Nos exploitations ne pourront pas supporter un tel choc », a-t-il averti, appelant à un combat politique pour défendre un budget agricole à la hauteur des ambitions de souveraineté affichées en France et en Europe.
Des membres de la Chambre d'agriculture ont alerté sur les dangers du projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Les clauses de sauvegarde restent floues et des filières s’inquiètent.
S’adressant à la préfète, Jean-Pierre Royannez a conclu par un appel : « Notre agriculture a besoin très rapidement de perspectives positives et de votre soutien. Défendre nos fermes, c’est défendre l’avenir de la Drôme ».
Christophe Ledoux
Une motion sur les surfaces déclarées à la PAC
En session le 19 septembre, les élus de la Chambre d’agriculture de la Drôme ont alerté sur les nouvelles règles de justification des surfaces PAC. Dès 2025, toute nouvelle surface déclarée doit être appuyée par un titre (propriété, bail écrit, convention…), sous peine d’exclusion du calcul des aides. Une note nationale du 18 juillet 2025 refuse de reconnaître les baux verbaux, pourtant légaux et fréquents en agriculture. Cette évolution génère de fortes difficultés : règles publiées après la campagne PAC, demandes de justificatifs en pleine période estivale, disparités entre départements, cadastre inadapté, manque d’information aux exploitants.
Aussi, la Chambre d'agriculture demande la reconnaissance des baux verbaux avec preuves élargies, la diffusion claire des règles avant chaque campagne, la présomption de bonne foi des agriculteurs, la stabilité réglementaire fixée au 1er avril, et une tolérance pour les échanges ou agrandissements inférieurs à 20 ha. Elle appelle à une réglementation claire, stable et équitable, pour que la PAC demeure un outil de soutien et non une contrainte supplémentaire.
La motion a été adoptée à l'unanimité.
C.L.
Marie-Aimée Gaspari, préfète : « L'agriculture va beaucoup m'occuper »
Arrivée début septembre, « je découvre la diversité des filières agricoles », a déclaré la nouvelle préfète de la Drôme. Présente durant une partie de la session de la Chambre d'agriculture le 19 septembre à Bourg-lès-Valence, elle a assuré « être à l'écoute pour rechercher des solutions ». Ses rencontres et déplacements sur le terrain lui ont déjà permis de mesurer « les grandes forces et les grandes fragilités » du secteur agricole drômois. « L'agriculture est un sujet qui me tient à cœur et qui va beaucoup m'occuper », a-t-elle confié. Et d'ajouter : « La question du revenu est centrale pour préserver notre modèle agricole, pour installer et transmettre des exploitations. »
Marie-Aimée Gaspari se définit comme « un capteur ». « Mon rôle est d'alerter le gouvernement sur les préoccupations qui sont les vôtres, a-t-elle assuré. Et tous les gouvernements, me semble-t-il, ont pris le sujet de l'agriculture à bras-le-corps. On n'est pas au bout du chemin mais il y a eu des avancées et une prise de conscience à l'issue de la crise de 2024. Sur les sujets qui relèvent strictement du niveau local, dès lors que j'aurai et des leviers et la capacité à réunir des acteurs autour de la table, avec les filières, pour prendre les sujets un par un, je le ferai. Je n'ai pas de baguette magique mais de l'énergie et de la capacité de conviction. Faites-moi confiance. »
Sur le sujet du loup, Marie-Aimée Gaspari assure « qu'il va y avoir des avancées, notamment dans les tirs de défense ». Quant au Mercosur, « le gouvernement n'est pas favorable pour valider cet accord. Il faut des clauses miroirs », a-t-elle précisé.
C.L.