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Témoignages

Des acteurs de la bio dévoilent leurs initiatives

Lors des Rencontres « filières et marchés bio » organisées au salon Tech&Bio, le 24 septembre à Bourg-lès-Valence, plusieurs acteurs ont présenté des initiatives dans un contexte de marché en pleine mutation. Zoom sur trois témoignages marquants.

Des acteurs de la bio dévoilent leurs initiatives
©CL-AD26
De la micro-laiterie aux légumineuses, de la charcuterie accessible aux campagnes de communication décalées, les initiatives présentées lors des Rencontres « filières et marchés bio » au salon Tech&Bio traduisent la capacité d’adaptation d’un secteur en quête de nouveaux modèles.

Entre innovations, résilience et nouvelles stratégies, les acteurs du bio s'adaptent à un marché en pleine recomposition. Lors des Rencontres « filières et marchés bio » du salon Tech&Bio, à Bourg-lès-Valence, certains d'entre-eux ont partagé leurs expériences.

Grandes cultures : DuranSia mise sur les légumineuses

Nicolas Sadaillan, responsable filières de la coopérative DuranSia (Alpes-de-Haute-Provence), a présenté les actions menées auprès de ses 450 agriculteurs bio implantés dans les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes et les départements limitrophes. Avec 2 500 tonnes collectées et quinze espèces différentes, la coopérative dispose de deux silos dédiés ainsi que d’une station qui produit 600 tonnes de semences bio.

©Fermiers de Provence

L'initiative phare de DuranSia porte sur le développement d’une gamme de légumineuses avec la création en 2018 de la marque Fermiers de Provence pour conjuguer alimentation saine et juste rémunération des producteurs. Aujourd'hui, toute une gamme est déployée sous différentes espèces et variétés : lentilles (vertes, blondes et corail), haricots (coco, lingots, rouges) et pois chiches de Provence. Fermiers de Provence propose également une gamme de produits transformés.

La marque, qui s'appuie sur une complémentarité entre bio et conventionnel, a reçu le label Agri-éthique, qui garantit un commerce équitable, notamment par la contractualisation.

Les débouchés, diversifiés, sont orientés vers la restauration hors foyer, les réseaux spécialisés et les transformateurs.

Lait : Delaferme invente un autre modèle de transformation

Créée en 2020, la société Bio&Lo Delaferme (Rhône), co-fondée et présidée par Christophe Audouin, développe un réseau de micro-laiteries à la ferme. Après une première installation au lycée du Valentin en 2023, quatre unités fonctionnent déjà en 2025, avec une capacité de 600 tonnes. Plus de 220 clients en restauration collective et commerciale sont approvisionnés, et l’entreprise dépasse 1,2 M€ de chiffre d’affaires.

©Bio&Lo Delaferme

Pour la transformation à la ferme, « nous avons souhaité développer une offre alternative à l'agro-industrie, performante, de qualité et avec de la durabilité. Mais aussi pour aider les éleveurs à commercialiser, a expliqué Christophe Audouin. On a simplement voulu, sur toute la chaîne de l'amont à l'aval, amener de la performance, de la création de valeur pour la ferme et surtout de l'innovation au niveau de la commercialisation et de la restauration ».

Ses innovations : la poche de yaourt et la fontaine à yaourt. « Pour faire remonter un maximum de la valeur à la ferme, on s'est dit qu'il fallait arrêter les pots en plastique. Parce qu'une machine de conditionnement des pots coûte trop cher et que le plastique qu'on achète est trop important et finit par coûter trop cher. Tout a été conçu pour obtenir une micro-laiterie avec un maximum d'efficacité », a-t-il assuré.

Viande : Bioporc s’adapte avec une gamme anti-inflation

Filiale de la coopérative Cavac (Vendée), Bioporc (54 salariés, 9 éleveurs) est spécialisée dans la charcuterie bio 100 % française. L’entreprise valorise l’intégralité de la carcasse et distribue en grandes et moyennes surfaces (GMS), restauration et industries.

©Bioporc

Engagée dans la réduction des plastiques et la suppression des additifs controversés, Bioporc a lancé en 2023 une gamme « Le P’tit BIO ». « Face à une baisse notable de la consommation de produits bio, exacerbée par la perception que ces produits sont souvent hors de portée financière, nous avons souhaité en créant “Le P’tit BIO” rendre la charcuterie bio accessible au plus grand nombre », a confié Alban Le Mao, responsable filières bio chez Bioporc. Quatre références phares, des grammages adaptés et des prix attractifs ont permis de relancer l’acte d’achat. En septembre 2025, l’offre Le P’tit BIO a été étendue à la volaille avec deux références en tranchés de dinde.

Volailles : Bodin mise sur l’humour pour valoriser le bio

Bodin, filiale du groupe coopératif Terrena (Loire-Atlantique), regroupe 122 éleveurs de volailles bio. Ses produits (poulets, dindes, découpes, panés) sont commercialisés en GMS sous la marque Nature de France, dans les réseaux bio avec Le Picoreur et auprès des professionnels avec Bodin Professionnel. « Nous sommes un acteur historique et représentons 35 % du marché national de la volaille bio », a fait remarquer Jérôme Caillé, président du groupement des éleveurs de volailles bio Bodin, le 24 septembre à Bourg-lès-Valence.

©Nature de France Bodin.jpg

Avec l'épidémie d'influenza aviaire en 2021, « le groupe des 122 éleveurs s'est retrouvé dans une situation très difficile. En l'espace d'un mois, 80 % du potentiel de production a dû être vidé et une partie jetée, a expliqué Jérôme Caillé. Pendant plusieurs mois, le temps de relancer la production (80 à 90 jours), nous n'avions plus de circuit de commercialisation et des étals vides. On a aussi subi la crise bio. Il a fallu reconstruire totalement notre campagne de distribution. Pour se réinventer, on a mis autour de la table les éleveurs et les équipes marketing de Bodin. ».

Cela a abouti à la création d'une campagne de communication humoristique autour de la marque Nature de France, seule marque 100 % bio en GMS. Lancée en mai 2024, elle a été diffusée en affichage 4x3 à trois reprises, à Paris et dans plusieurs grandes villes ainsi que sur les réseaux sociaux jusqu’en janvier 2025. « Nous avons opté pour un ton décalé afin de valoriser les atouts de la volaille biologique et faire des consommateurs nos meilleurs ambassadeurs », a indiqué Jérôme Caillé. À noter, cette campagne a reçu le prix argent des TopCom dans la catégorie « publicité affichage ».

Malgré les tensions sur le marché de la bio, ces différents témoignages ont mis en avant une même ambition : rendre leurs produits plus visibles, plus accessibles et plus durables. Et cela semble avoir donné de bons résultats.

Christophe Ledoux