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Diversification

Ferme des Combes : une diversification nécessaire

Auberge, magasin de producteurs, visite pédagogique et découverte des animaux, accueil de camping-cars : le quotidien de Régis Pinet et Corinne Debeaud, agriculteurs en grandes cultures et maraîchage, est bien rempli.

Ferme des Combes : une diversification nécessaire
Régis Pinet et Corinne Debeaud ont apporté une nouvelle dynamique à la Ferme des Combes. ©AP_AD26

Une ferme vieille de plus de deux cents ans. À Piégros-la-Clastre, la Ferme des Combes, aujourd’hui tenue par Régis Pinet et Corinne Debeaud (EARL Pinet), a su traverser les époques. Régis est le petit-fils du fondateur de la ferme, arrivé durant la période d’entre-deux-guerres avec son épouse en tant que métayers. Au retour de la guerre d’Algérie, le père et l’oncle de Régis Pinet reprennent l’exploitation et, assez novateurs et munis de matériels, proposent des prestations de travaux agricoles dans le Diois. « Régis m’a toujours avoué ne s’être jamais posé la question de faire un autre métier que celui d’agriculteur », indique sa compagne, Corinne Debeaud. À la sortie de ses études agricoles au lycée du Valentin en 1992, le jeune garçon rejoint l’exploitation familiale avec la ferme intention de transformer les terres (environ 80 ha de grandes cultures et de plantes aromatiques) en agriculture biologique. « Il a vécu de belles années…jusqu’à l’arrêt des aides au maintien de l’agriculture bio en 2023. Depuis, nous avons d’ailleurs arrêté le bio et sommes passés en HVE* », indique Corinne Debeaud. « Il faut dire que depuis quelques années, le monde agricole va mal. À force de voir la catastrophe qui s’annonçait, il fallait absolument trouver des solutions sous peine de devoir arrêter l’exploitation. Sans notre projet de diversification, la ferme était au bord du précipice. Il était vraiment temps de s’ouvrir à d’autres activités », assure-t-elle.

Du champ à l’assiette

C’est dans ce contexte que cette dernière rejoint l’exploitation en 2022. Préparatrice en pharmacie de métier, ancienne gérante d’un hôtel restaurant et d’une boutique multiservices, ou encore journaliste pendant une dizaine d’années, elle s’est lancée, à 54 ans, un nouveau défi. « Depuis plusieurs années, je m’occupe des papiers de l’exploitation. Face au contexte actuel, nous avons donc commencé à travailler sur un projet d’extension de la ferme, qui a pu se faire grâce à nos capitaux. Le but ? Être le plus autonome possible », réagit Corinne Debeaud.
En ajoutant l’atelier maraîchage sur une superficie de 3 000 m², le couple d’agriculteurs apporte une diversification intéressante à l’exploitation. Ils cultivent une trentaine de variétés de légumes et des fruits (ils ont aussi un verger de fruitiers diversifiés - ndlr) qui permettent de constituer les mets proposés à la ferme auberge, ouverte depuis avril 2024, et pouvant accueillir jusqu’à trente convives. « Cela me tenait à cœur de réunir mes compétences passées et de remettre en pratique mon activité de restauratrice, stipule Corinne Debeaud. Les repas sont cuisinés avec plus de 50 % des productions de la ferme, viande y compris, et provenant de collègues éleveurs du secteur », ajoute-t-elle. Tous les produits non utilisés dans les plats cuisinés sont transformés et mis en bocaux, et alimentent le magasin de producteurs ouvert en mai 2023.

Une production de cornichons…et de fruits exotiques !

Mais Corinne Debeaud n’est pas devenue une maraichère comme les autres. Dynamique et pleine d’idées, prête à faire bousculer les codes, elle s’est lancée dans une production toute particulière : « nous nous sommes notamment spécialisés sur la production de … cornichons en plein champ ! C’est un projet un peu fou auquel Régis ne croyait pas ! Il pensait que ça ne pousserait jamais ici, s’amuse Corinne Debeaud. Je les sème en godets comme les courgettes au mois de mars, puis les plante en pleine terre début mai, sur tapis. Dès la fin du mois de juin, les cornichons se récoltent matin et soir… et si vous en oubliez un, le lendemain, il ressemble à un concombre (rires !) ». Chaque année, la maraichère tente des nouveautés. À terme, elle souhaiterait faire de la morille : « 80 % de la morille consommée en France vient de Chine. C’est irréel, fait-elle remarquer. C’est un investissement de départ, avec des pieds à 3,75 € l’unité. Il faut rester prudents, en termes de quantité, et oser se lancer », dit-elle. Autre idée un peu folle, celle de faire pousser des ananas et des bananes à Piégros-la-Clastre. « Le climat change, il faut s’adapter ! J’ai envie d’essayer les fruits exotiques, d’autant plus que je vais bientôt disposer d’une serre de 500 m². Même si je sais que je n’en cultiverai pas une quantité astronomique, c’est toujours bien d’essayer ! ».
Enfin, Corinne Debeaud a mis l’accent sur le relationnel en proposant des visites pédagogiques de l’exploitation à destination des familles, à la découverte du travail de la terre, des grandes cultures et plantes aromatiques, mais aussi des animaux présents à la ferme : brebis, chevaux de race Falabella, oies, poules... L’année en cours devrait voir arriver des lapins et des vaches de race Galloway, aussi bien pour la ferme pédagogique que pour la viande (projet de vente de colis - ndlr). « En 2025, je vais aussi développer le concept “visite repas” ou ”visite goûter” », prévient-elle. Face à cette reconversion inédite, Corinne Debeaud avoue : « Aujourd’hui, je m’éclate, je suis passionnée, même si j’avais beaucoup d’appréhension sur le métier agricole, notamment par rapport à mon âge… » Avec toutes ces nouveautés, La Ferme des Combes retrouve une seconde jeunesse. 

Amandine Priolet

* HVE : haute valeur environnementale, certification environnementale des exploitations agricoles.