La Chambre d’agriculture au côté des acteurs de la solidarité alimentaire
Solidarité / En tant qu’acteur central de l’alimentation sur le territoire, la Chambre d’agriculture de la Drôme a souhaité répondre aux sollicitations des structures d’aide alimentaire qui sont confrontées à une explosion des demandes.
Face à l’explosion des demandes d’aide alimentaire, les associations tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années. Sollicitée, la Chambre d’agriculture de la Drôme s’est engagée à porter les structures d’aide alimentaire à connaissance des agriculteurs du département, afin de rendre visibles leurs besoins et les débouchés qu’elles représentent. Dès 2021, elle a noué un partenariat avec la Banque alimentaire Drome-Ardèche. « En parfaite cohérence avec la stratégie " Manger Drômois, Manger mieux" du Département, la Chambre d’agriculture joue un rôle de relais d’informations et de sensibilisation auprès des agriculteurs sur les possibilités de partenariat avec les structures d’aide alimentaire », souligne Corine Lafrogne, élue à la CA 26.
Une augmentation des demandes
La Banque alimentaire est née une quarantaine d’années en arrière en France. Aujourd’hui, elle est présente dans tous les départements. Son rôle : assurer la distribution de l’aide alimentaire à 81 associations drômardéchoises reconnues d’intérêt général. Ces organismes assurent par la suite eux-mêmes la distribution alimentaire aux plus précaires. En 2025, la Banque alimentaire 26-07 a distribué 1 273 tonnes de marchandises. Pour assurer ses missions, la structure peut compter sur six salariés et environ 80 bénévoles. Au quotidien, l’organisme se repose sur les invendus des grandes surfaces. « Tous les matins, nous allons dans les magasins pour récupérer ces produits. Tout est redistribué le jour même dans les associations, explique Marie-Hélène Guillon, présidente de la Banque alimentaire 07-26. À Valence, l’organisme a ouvert un jardin solidaire en 2023 sur le plateau de Lautagne afin d’obtenir davantage de légumes de qualité. « Il faut savoir que ce que nous récupérons dans les magasins est trié dans nos locaux. Nous estimons une moyenne de 30 % de déchets à chaque collecte car les produits peuvent être très abîmés, précise la représentante. Depuis quelques années, les demandes explosent. Nous observons une véritable hausse de la précarité. Il s’agit de plus en plus de familles monoparentales notamment des femmes seules avec enfants, ou encore des retraités et des travailleurs précaires ainsi que des étudiants. Cela touche un public large mais bien souvent isolé. » Parmi les associations bénéficiaires, la principale structure est Chabeuil aide et partage (Cap) qui englobe la commune et onze villages autour. « Il y a cinq ans, cette association recevait une trentaine de familles le vendredi. Aujourd’hui, on voit que cela grimpe à 52 familles. C’est une augmentation considérable », met en avant Marie-Hélène Guillon.
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Face au besoin conséquent en produits frais, la Chambre d’agriculture a souhaité nouer un partenariat avec la Banque alimentaire, constatant que les agriculteurs n’avaient pas tous connaissance des possibilités de valoriser leurs produits, invendus notamment, par de la vente ou du don, auprès des structures d’aide alimentaire. « Certains dons passent par la fédération nationale à Paris mais cela implique d’optimiser les transports notamment si les marchandises viennent du nord, c’est assez compliqué, rapporte la présidente de la Banque alimentaire 26-07. Nous sommes toujours preneurs de fruits et légumes frais, nous aimerions beaucoup avoir davantage de beaux légumes. Nous pouvons aussi accepter tout ce qui est fromage, œufs et viande même si généralement ces dons agricoles sont plus rares. » Concrètement, la structure possède six camions dont certains équipés de frigos. Au local, elle possède une chambre froide. S’il y a des dons exceptionnels, l’organisme peut s’arranger pour les récupérer dans l’après midi. « Nous n’assurons pas le ramassage au champ mais nous gérons le tri une fois les produits récupérés. Si besoin, nous nous arrangeons pour emmener des caisses ou ramener les emballages, précise Marie-Hélène Guillon. La solidarité, c’est notre ADN à la Banque alimentaire. Il faut absolument qu’on soit tous soudés, qu’on soit conscient qu’on a une population de plus en plus dans la précarité. Quand on voit le contexte économique et politique, on ne voit pas le bout du tunnel. Les dons sont indispensables pour que des personnes puissent se nourrir dignement. Les fruits et légumes, c’est ce qu’il y a de plus important à fournir pour être en bonne santé. »
La solidarité et ses enjeux
Élodie, 36 ans, diplômée d’un bac + 5 en commerce, s’est retrouvée en situation précaire après avoir été déclarée en inaptitude médicale. Elle est bénéficiaire au sein de l’association Cap depuis plusieurs mois. « J’arrive bientôt à la fin de mes droits de chômage. Malgré mes multiples candidatures, je ne parviens pas à retrouver d’emploi. J’ai donc demandé de l’aide auprès d’une assistante sociale. C’est difficile car on doit faire sans cesse des choix pour se nourrir. En tant que maman seule avec ma fille une semaine sur deux, c’est difficile d’avoir accès à l’alimentation car j’ai un reste à vivre d’environ 250 euros par mois. On m’a aussi coupé l’électricité durant un mois, raconte la mère de famille. Quand on est dans ce type situation on va voir le centre médico social mais il faut compter trois semaines à un mois d’attente pour avoir un rendez-vous avec une assistance sociale. On peut faire une demande d’aide exceptionnelle de cent euros donnée par la Région ou le Département pour faire des courses alimentaires ou de produits d’hygiène. Pour en bénéficier, il y a deux mois de délais et on ne peut faire la demande qu’une fois par an. » L’association Cap propose à ses bénéficiaires des paniers d’aide alimentaire tous les quinze jours. « C’est le frais qui permet d’avoir une alimentation plus saine car nous avons souvent des produits ultra transformés. J’essaie de porter attention à la saisonnalité des produits mais quand on est dans le besoin ce n’est pas simple. Parfois, il y a très peu de fruits et légumes donc heureusement que les grandes surfaces donnent des invendus. Même si les produits sont très abîmés, ça nous permet d’avoir des repas plus équilibrés. Cap propose aussi des aides pour les loisirs des enfants ou encore pour réparer la voiture grâce à un garage solidaire. Heureusement que l’association est là, son aide est vraiment précieuse », rapporte la bénéficiaire.
Camille Tracol, arboricultrice à Mirmande, fait partie des exploitants agricoles drômois à avoir répondu à l’appel de solidarité alimentaire. « Historiquement, l’exploitation traitait avec les Restos du cœur. Quand il y avait un peu plus de volume, on nous orientait vers la Banque alimentaire. C’est arrivé lorsque nous avions pris la grêle ou lorsque les calibres étaient trop petits, témoigne l’arboricultrice installée depuis 2021. Je contacte la structure une à deux fois par an dès que j’ai un peu de volume. L’avantage avec le kiwi, notre production principale, c’est qu’il peut se stocker plusieurs mois. Donner permet d’éviter le gaspillage car c’est dommage de jeter un fruit qui peut nourrir des personnes dans le besoin. Ça permet de rendre accessibles des aliments frais à des personnes qui n’y ont pas accès dans la vie de tous les jours car elles n’ont pas les moyens ou ne savent pas comment les manger. Sur le plan économique, la défiscalisation peut être intéressante lorsque l’exploitation paie des impôts. C’est important de noter la quantité donnée car c’est ce qui permet aux associations de donner un reçu. »
« Les dons sont défiscalisés à hauteur de 60 % du coût de revient dans la limite de 0,5 % du chiffre d’affaires plafonné à 20 000 euros mais le partenariat peut aussi porter sur des achats à prix fixés ou encore du glanage, rappelle Corine Lafrogne. La campagne de sensibilisation menée par les équipes alimentation et communication de la Chambre d’agriculture porte ses fruits puisque l’association Solaal enregistre une nette augmentation des dons drômois : de 53 tonnes en 2024 pour 8 donateurs à 102 tonnes en 2025 pour 23 donateurs. »
M.E
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