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La Suzienne célèbre son centenaire

Anniversaire / Créée en 1926, la Cave de la Suzienne a fêté sa centième année samedi 20 juin. La coopérative compte bien rester un outil d’avenir et répondre aux défis qui s’imposent à elle.

Par Morgane Eymin
La Suzienne célèbre son centenaire
©ME-AD26
Jean-Pierre Donzey, vice-président de la cave coopérative et Olivier Agosti, président, présentent la cuvée des cent ans. Socle de plusieurs appellations, la Suzienne vinifie de l’AOP Côtes-du-Rhône, de l’AOP Grignan-les-Adhémar, de l’AOP Côtes-du-Rhône villages et de l’IGP Méditerranée. Pour réunir tout le monde, la coopérative a opté pour une cuvée en vins de France. Un élixir en édition limitée puisque seules 5 000 bouteilles numérotées ont été produites. Comptez 15,90 € la bouteille vendue uniquement à la boutique de la cave.

Alors que les vins du sud de la Drôme ont initié de profondes réflexions pour faire face à la crise viticole en cours, à Suze-la-Rousse la cave coopérative de La Suzienne n’est pas en reste. « Il y a cent ans, nos prédécesseurs ont décidé de monter des caves coopératives parce que les milieux agricoles notamment vinicole fonctionnaient mal. Ils ont été plutôt visionnaires à cette époque, ils ont décidé de se regrouper pour se dire "ensemble on va aller plus loin". Je pense qu'ils n’imaginaient pas qu'ils iraient si loin. Sauf qu'on a passé une vague, c'est cyclique, et que cette vague aujourd'hui est en train de retomber, donc on a effectivement une déconsommation, des problèmes de climat, des gens qui cessent leurs activités, pas de relève, des revenus qui baissent depuis plusieurs années… Cent ans plus tard on se dit qu'il faut qu'on réinvente un nouveau modèle, a mis en évidence Jean-Pierre Donzey, directeur de la cave coopérative de la Suzienne. On est en train de se regrouper entre caves et on va préparer le deuxième centenaire à venir. J'aimerais bien que la coopérative fête deux cents ans pour que dans cent ans ils disent aussi "waouh ils ont été bons". »

Une institution

Dans ce village de la Drôme provençale, les habitants n’ont pas de mal à évoquer la Suzienne. « Je me rappelle quand mes grands-parents emmenaient le vin en tracteur sur le quai de chargement il y a une trentaine d’années. On vendangeait encore à la maison et à la main à cette période », raconte une cliente de la boutique. Pour cet anniversaire, un petit retour dans le temps est nécessaire. « Les exploitations étaient plus petites. Mon grand-père, il avait dix hectares de vignes au départ et il arrivait à vivre avec. Mon père, il en a eu presque trente et moi, il m'en faut le double, près de soixante hectares, rapporte Olivier Agosti, président de la Suzienne.

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C'était un honneur de rentrer dans ce conseil d'administration. Aujourd'hui, comme les exploitations grossissent, les gens ont moins de temps à donner à la coopération. Avec ma présidence, je veux remettre vraiment les valeurs de la coopération au centre des exploitations. L'entraide, la solidarité et être fidèle à sa cave. Parce que c'est ensemble qu'on va réussir. » Jamais très loin de la cave, Thierry Roux, viticulteur depuis 1974, n’a pas de mal à se rappeler l’âge d’or de la Suzienne. Entré à la cave dès 1981, le retraité a passé quarante années à la cave. À l’époque, « j'étais l'aîné de la famille, il fallait que quelqu'un reprenne. Au départ, ce n'était pas trop mon idée parce que je voulais plutôt continuer à faire de la vinification. C'était plus facile qu'à l'heure d'aujourd'hui. On ne faisait pas que de la vigne, on faisait du melon et tout se vendait. Aujourd'hui, ce n'est pas évident pour un jeune de s'installer. Nous, on a eu une belle époque. Moi, j'ai deux fils dont un qui a essayé de s’installer en 2000 mais c’était intenable. J'ai mis mes vignes à l'arrachage parce que les fermages, on ne trouve plus personne pour reprendre. J’ai dû demander l’autorisation à la DDT et la MSA pour continuer à exploiter encore un peu. Je me suis battu pour obtenir une dérogation et ça a duré trois mois pour faire les dossiers. On ne sait jamais, si ça redémarre les vignes, on pourrait les vendre…, estime Thierry Roux. Quand je suis arrivé à la cave, on faisait 181 000 hl. On avait beaucoup de volume. Quand on arrivait en réunion, on nous demandait de vendre même sur souche, on faisait des primeurs, aujourd'hui ça a disparu. C'était l'âge d'or. Je n'aurais jamais pensé qu'on arrive à ce stade-là en quelques années. Nous avons vraiment été déstabilisés en 2002 avec la première crise. Tous les viticulteurs de Grignan-les-Adhémar ont arraché, et cela nous a fait perdre énormément de volume en l'espace de deux ans. Ça a déstabilisé l'économie de la cave. »

Tournés vers l’avenir

« Ça a été une des plus grosses caves coopératives de France, la Suzienne a vinifié jusqu'à 200 000 hectolitres dans les années 1990, rappelle Jean-Pierre Donzey. Aujourd'hui elle vinifie 40 000 hl. Nous avions jusqu’à 800 associés coopérateurs alors qu’il ne nous en reste plus que 170 aujourd’hui. Nous avons peu de relève derrière les départs en retraite, on a des bâtiments qui se sont dimensionnés pour 200 000 hl et qui n’en font plus que 40 000 hl, donc mécaniquement nous avons des coûts de structure importants. C’est pour ces raisons que nous fusionnons avec la cave de Saint-Maurice-sur-Eygues. Nous prévoyons de fermer l'unité de vinification de Saint-Maurice-sur-Eygues et de ramener la vendange fraîche ici. Là-bas, nous conserverons le caveau de vente. Au niveau des salariés, nous sommes stables. Nous avons même recruté au niveau commerce. À Saint-Maurice-sur-Eygues, on ne fait pas de casse sociale. Les employés vont être rapatriés ici pour ceux qui restent, et puis le caveau de vente, il va toujours vivre, donc ils resteront sur place au caveau. Le seul gros changement qui importe, c’est la fusion des deux outils pour n'en faire plus qu'un, pour récupérer du volume et écraser nos coûts de structure. En termes de production, notre objectif serait d'être à 50-60 000 hl. On est en train d'essayer de se réinventer, de trouver un nouveau modèle économique, de chercher les débouchés de commercialisation différents. »

Si le président actuel de la cave coopérative veut croire en l’avenir, il a conscience que les campagnes d’arrachage n’épargnent personne. « C'est triste parce que ce sont des vignes qui ont été plantées par nos parents ou grands-parents, qu'on entretient et qu’il faut les arracher. Les gens, ils arrachent parce qu’ils ne s'en sortent plus », déclare Olivier Agosti. Présent lors de la dernière réunion avec les services de l’État et la filière pour aborder des pistes pour sortir de la crise, ce dernier questionne les limites de la diversification. « Quand je me suis installé, je faisais aussi du maraîchage et j’élevais 20 000 poulets. J'ai tout arrêté en 2005 parce que l'État imposait de nouvelles normes sur les poulaillers. Ça coûtait une fortune. La diversification, c'est bien, mais le matériel est extrêmement cher. Se diversifier, cela veut dire multiplier le matériel et pour cela il faut des aides. Il n’y en avait pas vingt ans en arrière. Aujourd’hui, j'ai espoir de maintenir la vigne. Ça va redémarrer. »

Morgane Eymin

Retour sur les 50 ans en extraits

Retour sur les 50 ans en extraits

Si vous avez parfois l’impression que les articles sont longs, ne vous plongez pas dans les articles rédigés cinquante ans en arrière, une pleine page et une seule photo. Le tout en noir et blanc bien sûr. Voici quelques extraits de l’article de l’Agriculture Drômoise sur les cinquante ans de la Suzienne publié le 16 juin 1976 : 
« S’il est vrai que dans un grand vin se reflète l’âme de ceux qui, depuis le commencement, ont fait croître les ceps, buvez ceux de la Suzienne. Ils portent l’empreinte d’un pays qui déteste la médiocrité et n’a jamais été vassal. »
« Ce sont des rouges à la fois corsés, ronds et coulants que caractérise une saveur ample, ferme sans dureté ; des vins de terroir. En eux rit le soleil de Provence, ce soleil qui brûle les pinèdes sur la colline et fait chanter les filles et les cigales. » 
« Les érudits vous diront qu’un beau soir de septembre 1564 Charles IX et sa mère arrivèrent à Suze accompagnés du duc d’Anjou, de Marguerite de France, du duc et de la duchesse de Savoie, du prince Navarre et du connétable de Montmorency. » Après avoir rappelé l’histoire des vignes de Suze, notamment via l’acquisition de vignes par Catherine de Médicis en 1579, l’article revient sur la création de la cave en 1926 avec Léon Boudon, maire de la commune, et notamment Louis Boyer, premier président. « Elle regroupait 90 vignerons, pionniers de la coopération, et vinifiait 7 000 hl. Elle grandira notre coopérative chantait-on alors ! » 
Retrouvez l’article des 50 ans  publié dans L'Agriculture Drômoise en juin 1976