Sanglier : « Les factures des dégâts explosent »
Quinze jours avant l’ouverture de la saison de chasse, jeudi 28 août, la Fédération départementale des chasseurs (FDC 26) a organisé un colloque sur la gestion du sanglier.
Le rendez-vous a été donné à l’espace Soubeyran à Crest. À deux semaines de l'ouverture de la chasse, des centaines de personnes ont honoré l’invitation de la FDC 26. Les participants ont échangé autour de la gestion cynégétique du sanglier.
« Joue-t-il un rôle pour les écosystèmes ? », « Il est présent partout dans les campagnes et même à l’entrée des villes, faut-il s’en inquiéter ? » Des questions qui n’ont pas occulté un autre grand sujet pour les chasseurs : l’indemnisation des dégâts des grands gibiers sur les cultures agricoles. « Un fléau qui ne touche pas que les agriculteurs drômois. En France, en 1970, nous recensions 35 000 sangliers prélevés contre 900 000 en 2024, soit une multiplication par 25 en cinquante ans », a rapporté Michel Sanjuan, vice-président de la fédération départementale.
Hausse des populations de sangliers
« Peu d’éléments nous permettent de mesurer les populations de sanglier. Nous nous basons sur les dégâts agricoles ou encore les cahiers de battues mais ce sont des raccourcis. C’est une espèce dont on ne parvient pas à estimer la hausse ou la baisse », explique Philippe Douvre, technicien à la FDC 26. À travers l’observatoire sur la reproduction du sanglier et fructification forestière*, les acteurs cherchent à mesurer s’il y a un lien entre la fructification des arbres et la reproduction des laies. Sur 33 sites d’observation en France, trois sont dans la Drôme, dans les secteurs de Grignan, Mirmande et Rémuzat.
Michel Sanjuan a cité quelques facteurs qui ont entraîné l’augmentation des populations : la forêt et les terres agricoles de proximité, les hivers de plus en plus doux... Selon les intervenants, le loup a aussi fait évoluer le comportement des sangliers. « Le loup est un perturbateur. Il pousse les sangliers dans les cultures et les zones non-chassables, a déclaré le vice-président de la FDC 26. Nous réalisons cette année des tests de battues de sangliers en milieux périurbains ».
Des indemnisations encadrées
Marie-Agnès Déshayes, chargée des indemnisations à la FDC 26, a évoqué le cadre législatif de l’indemnisation des dégâts aux cultures de sangliers et de grand gibier soumis au plan de chasse, notamment en faisant référence à la loi du 26 juillet 2000. L’occasion de rappeler les conditions de demande d’indemnisation. À savoir, seuls les exploitants agricoles peuvent en faire la demande « pour les dégâts causés par les sangliers et autres espèces soumis à plan de chasse (cerf, chevreuil, chamois, mouflon, daim) et pour des dégâts causés aux récoltes agricoles, resemis et remises en état ».
Des centaines de personnes ont honoré l’invitation de la FDC 26. ©ME-AD26
Le cas des dégâts aux semis a été relevé. Deux possibilités existent. Si la parcelle doit être ressemée en partie ou totalité, une expertise provisoire mentionnera la surface à ressemer. À l’issue, une déclaration de travaux est remise à l’agriculteur qui doit la renvoyer à la FDC huit jours au plus tard après les travaux effectués. Après réception de la déclaration de travaux envoyée à l’estimateur, une expertise définitive doit être menée. Si la parcelle est touchée mais le resemis n’est pas (ou plus) possible, une expertise provisoire est mise en place et une nouvelle déclaration doit être envoyée à la FDC huit jours avant la récolte. Cette démarche est elle aussi suivie d’une expertise définitive (réalisée dans les huit jours ouvrés).
Concernant le calcul de l’indemnisation, une commission nationale fixe chaque année des barèmes des prix des denrées agricoles. Dans la Drôme, cinq estimateurs sillonnent le territoire. Sur la saison 2024-2025, ils ont instruits 402 dossiers, soient près de 120 en plus que la saison précédente. Michel Sanjuan a souligné que dans le cadre de l’accord national de mars 2023 qui fixe des objectifs de réduction de 20 à 30 % des dégâts ou surfaces détruites avant fin 2025, « la Fédération nationale ferraille dur avec les différents syndicats agricoles et les services de l’État pour trouver une solution multi-parties concernant la réglementation des dégâts ».
Moins de chasseurs, plus de frais
Parmi les préoccupations relevées par les intervenants, la diminution de l’effectif des associations communales de chasse. Si la Drôme affiche des groupes « plutôt stables », l’activité des chasseurs n’en est pas moins impactée. Christian Chaillou, trésorier de la FDC 26, met en avant 18 000 battues. Avec la prolifération des sangliers et la baisse des effectifs de chasseurs, l’inquiétude grandit. « En France, 85 % des dégâts sont imputables au sanglier et 10 % des communes françaises concentrent 90 % de la facture dégâts. En 2022-2023, facture avoisinant les 80 millions d'euros, supportée à plus de 60 % par les chasseurs car l’État abonde environ 20 millions d'euros, a expliqué Pierre Perié, journaliste cynégétique et auteur de l’ouvrage « En suivant les traces ». Les factures des dégâts explosent, mettant certaines FDC en situation d’extrême tension financière, nous sommes les “cochons de payeurs” et les seuls. Est-il normal que nous soyons les seuls à payer, non bien sûr, mais en attendant que les choses changent, comment faire ? »
Il met en avant des leviers de taxation : augmentation du prix du bracelet sanglier lorsqu’il existe et la taxe à l’hectare, basée sur la part dégâts de chaque structure de chasse rapportée au montant total des dégâts du département. « Mais quand la taxation devient trop forte, les payeurs vont chercher des stratégies de contournement », a averti ce dernier. Pierre Perié a mis en avant « le risque que certains jettent l’éponge » et a appuyé « le retour à la mutualisation des territoires » pour faire face à ces défis. Selon ce dernier, « le sanglier a sauvé la chasse populaire. Nous devons faire ce qu’il faut pour qu’il reste un gibier et ne devienne pas un nuisible. Sinon, ça sera la mort de la chasse ».
L’ouverture de la saison de chasse sera le 14 septembre
Rémi Gandy, président de la Fédération des chasseurs de la Drôme. ©ME-AD26
Près de 10 000 chasseurs drômois participeront à la saison de chasse dont l’ouverture générale est programmée le 14 septembre. « La grosse révolution cette année, c’est que plusieurs espèces migratrices passent en chasse adaptative. Il va y avoir un quota national pour certaines espèces de canards. Chaque chasseur devra déclarer chaque tire de ces espèces. En Drôme, cela nous impactera peu car nous avions l’habitude de mettre des quotas, rapporte Rémi Gandy, président de la fédération drômoise des chasseurs. La situation du petit gibier est bonne, notamment grâce aux périodes de sec et de chaud durant le printemps. Le retour de la perdrix rouge se confirme même si c’est un peu plus modeste que ce que nous projetions ». Le message aux chasseurs drômois : « La sécurité doit toujours primer ».
* L’Observatoire sur la reproduction du sanglier et fructification forestière a été créé par le réseau Ongulés sauvages composé de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), de la Fédération nationale de chasse et des fédérations départementales à partir de 2015 sous la responsabilité scientifique de l’ONCFS (devenue l'OFB).