Accès au contenu
Crise viticole

« Trop de vin et pas assez de consommateurs »

Depuis quelques années, touché par la crise viticole, David Poncet, installé à Châteauneuf-du-Rhône, ne parvient pas à retrouver un équilibre financier.

« Trop de vin et pas assez de consommateurs »
©ME-AD26
« Nous travaillons sans arrêt et nous ne parvenons pas à gagner notre vie. Je ne veux pas cela pour mes enfants », déclare David Poncet, agriculteur drômois.

Installé depuis 1999 sur la ferme familiale à Châteauneuf-du-Rhône, David Poncet a repris l’exploitation de ses parents en 2010. À l’époque, l’élevage de volailles et la culture de céréales sur cinquante hectares représentaient les activités principales. Aujourd’hui, l’agriculteur s’est spécialisé en tant que pépiniériste de plants de vignes sur douze hectares. Même s’il s’est diversifié, notamment avec du blé, du maraîchage et des plants aromatiques, il ne parvient pas à retrouver un équilibre financier. « L’agriculture française est foutue. C’est un fardeau, désespère l’exploitant agricole. Demain, si je casse mon vieux tracteur, je ne peux même pas m’en racheter un ».

Crise viticole 

Limité par la taille de ses parcelles, David Poncet s’est lancé dans une activité de pépinière viticole en espérant « trouver un peu de valeur ajoutée ». Toutefois, depuis quelques années, « la tendance est à l’arrachage plutôt qu’à la plantation. Nous recevons des produits qui viennent de l’étranger issus de cultures qui reçoivent des traitements auxquels nous n’avons plus accès, déplore-t-il. Nous vivons une crise viticole nationale, il y a trop de vin et pas assez de consommateurs. Le vin n’est pas de première nécessité et donc n’entre pas dans le pouvoir d’achat. Cette année, j’ai greffé deux fois moins de plants ». Au total, David Poncet gère dix hectares de vigne porte-greffes, deux hectares de pépinière viticole et quatre hectares de vignes à fruit vendus en IGP Méditerranée à la coopérative de Viviers en Ardèche.

Cette perte au sein de son activité principale contraint l’exploitant agricole à réduire l’embauche de main-d’œuvre. « J’ai employé 30 % de saisonniers en moins l’été dernier », se résigne-t-il.

Une diversification fragile 

L’agriculteur produit aussi des légumes de plein champs sur deux hectares. ©ME-AD26

L’agriculteur produit des légumes de plein champ sur deux hectares. Depuis 2010, une grande surface locale lui rachète une partie de sa production. « Cette année, les grosses chaleurs en juin ont touché la floraison, observe David Poncet. Comme je suis sur de petites surfaces, je ne traite pas. Je bénéficie de la certification HVE pour répondre au cahier des charges de mes vignes en IGP. En parallèle, l’agriculteur gère vingt hectares de blé et sept hectares de tournesol vendus aux Ets Noyer et fils, deux hectares de persil et trois hectares de basilique vendus à Gel'Pam. Quelques surfaces sont louées pour des essais de semences.

La retraite sans transmission 

David Poncet énumère tous les problèmes rencontrés par les agriculteurs. « Les contraintes réglementaires sont invivables. Sans parler de l’administratif, il n’y a toujours pas de contrôle unique. Je suis obligé d’embaucher une personne pour gérer les papiers. La rémunération n’est pas non plus à la hauteur. Nous travaillons de génération en génération. Si tu coules, tu as l’impression de perdre la fierté de la famille. La ferme reste un héritage familial, estime l’exploitant agricole. Nous travaillons sans arrêt et nous ne parvenons pas à gagner notre vie. Je ne veux pas cela pour mes enfants ». La lumière au bout de ce tunnel, David Poncet la voit avec la retraite. Il peut compter sur son réseau associatif, « véritable bouffé d’oxygène », pour se changer les esprits.

M.E.