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Point de vue

Loi Duplomb : “Il faut retrouver du bon sens et de la cohérence »

La loi visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur (dite loi Duplomb), adoptée le 8 juillet, continue de susciter la controverse. Le point avec Jean-Pierre Royannez, président de la chambre d'agriculture, et Johanna Rimet, administratrice de JA.

Loi Duplomb : “Il faut retrouver du bon sens et de la cohérence »
©LCP
La proposition a été adoptée le 8 juillet avec 316 voix pour et 223 voix contre.

Face à la contestation croissante de la loi Duplomb, le président de la chambre d’agriculture de la Drôme et éleveur caprin, Jean-Pierre Royannez, appelle à la raison. « Forcément, en expliquant que l'acétamipride va être utilisé à tour de bras et que ça va tuer tout le monde, on ne peut guère s'étonner de la contestation citoyenne, explique-t-il. Or la réalité est tout autre.  L'acétamipride ne constitue qu'un volet de la loi et sera remis sur le marché dans des conditions très strictes. Plus largement, la loi Duplomb vise à lever de multiples contraintes pour les agriculteurs, un enjeu vital à l’heure où une exploitation sur deux disparaît », fait-il remarquer.

Jean-Pierre Royannez, président de la chambre d’agriculture. ©AD26

Il rappelle les blocages routiers du début 2024 pour dénoncer l'empilement des normes, la concurrence déloyale, les réglementations trop complexes… Un mouvement amplement soutenue par la population. « Comment en tant que consommateurs peut-on protester contre cette loi et acheter des produits agricoles venus de l’étranger sans se soucier des conditions de production et des impacts sociaux ! Où est la cohérence ? », questionne-t-il. Le président de la chambre d’agriculture de la Drôme estime que « cette loi est indispensable pour produire encore plus local, favoriser encore plus la biodiversité, agir encore mieux sur l'environnement... »

« Aujourd'hui, nous sommes sur un débat politicien, regrette le président de la chambre d’agriculture de la Drôme. La plupart de celles et ceux qui ont signé la pétition n'ont pas étudié cette loi, ni pris le temps de la réflexion. Il faut revenir à la raison et faire confiance à nos parlementaires. »

« Cette loi révèle un vrai malaise »

« Pour ma part, je vais devoir déconvertir des terres car il est devenu impossible de tenir, réagit Johanna Rimet, agricultrice bio à Barcelonne (commune dont elle est maire) et administratrice de JA26. Les contraintes techniques, et surtout les prix qui ne suivent plus, ne permettent plus de couvrir les coûts, ni de valoriser notre travail. Ce n’est pas une question d’image ou de discours mais une réalité économique difficile et urgente. »

Johanna Rimet, agricultrice bio à Barcelonne et administratrice de JA26. ©FacebookJR

Alors, à ceux qui critiquent la loi Duplomb, elle pose cette question : « Pourquoi défendre des principes que vous ne soutenez pas dans vos actes d’achat ? Si nous voulons une agriculture cohérente, durable et française, il faut des actes concrets, pas seulement des discours. Cette loi n’est pas parfaite mais elle révèle un vrai malaise : l’agriculture française, toutes pratiques confondues, est en train de disparaître, tandis que nous importons ce que nous ne voulons plus produire ici. Voilà le vrai scandale. Acheter, c’est voter. Si vous souhaitez du bio, du local, du français, commencez par le mettre dans vos paniers. Sinon, nous, agriculteurs bio, serons contraints d’abandonner », conclut-elle.

Ch. Ledoux